L'homme pétrifié

13 Sep 2017

 

Une chose est sûre, l'homme moderne disperse son énergie aux quatre coins du monde et se perd en conjecture. Il théorise et ne cesse de se re-présenter les phénomènes du monde du fait de son éloignement au réel, qui assimile tant les réalités intérieures qu'extérieures. C'est alors qu'il pétrifie le mouvement naturel des évènements, et immobilise le divin en le fixant sur des images mentales. Ces icônes psychiques deviennent des dogmes, des images qui vont définir la normalité de l'anormalité, la possibilité de l'impossibilité, et la nature du divin de l'hérésie. Il n'y a que des guerres psychiques qui se tiennent d'abord en nous-mêmes, et qui se prolongent au dehors, dans le monde tangible. Toutes les guerres, quelle qu'elles soient, prennent racines dans ces idoles psychiques. Il n'y a pas de guerre de religion, il y a que des guerres iconiques. 

 

De la dispersion de l'homme moderne, auquel il se perd dans le sans cesse changeant des phénomènes et des idoles psychiques, répond l'homme ancien. Pour lui, tout est mouvement, un jeu où tout élément se transforme en un autre, y compris les images psychiques qu'il se fait du divin. Il ne s'identifie pas au mouvement, il l'observe. Une part de lui se tient hors mouvement et une autre part de lui vit le mouvement.

 

Les historiens ont une pensée fixiste, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent imaginer le mouvement que par des icônes psychiques, et lorsqu'ils abordent le divin vu par les Anciens, ils l'immobilisent. C'est par le jeu de formes multiples que le divin se manifeste, selon le lieu et le temps le divin change d'aspect. 

 

Dans les grottes préhistoriques, nous voyons esquisser des animaux qui nous semblent pluriels alors qu'il n'y a qu'un animal par espèce auquel le "peintre" a dessiné chaque mouvement de manière saccadée. Tel est le cas sur les photos mises en lien avec le texte, il n'y a qu'un cerf, qu'un lion, qu'un rhinocéros et qu'un cheval.

 

 

 

 

 

 Cette pensée en mouvement a perduré jusqu'aux grandes civilisations.

 

C'est ainsi qu'en Chine le Wu Xing, traduit improprement par 5 éléments, signifie 5 mouvements c'est-à-dire que tous les éléments du monde phénoménal ne cesse de permuter les uns dans les autres.

 

 

 

Rien n'est figé. Les dieux Egyptiens et Mayas, pour ne prendre exemple que sur eux, découlent d'un enchainement de métamorphose d'un dieu primordial. Le dieu Atoum devient Khepri, qui à son tour devient Ra auquel le mythe d'Osiris vient s'ajouter. Hathor devient Isis, Bastet ou encore Nephtys. Dans le Popol Vuh, texte sacré des anciens Mayas, les frères jumeaux hunahpú et ixbalanqué avaient une autre figuration dans le cycle précédent, et leur cheminement les pousse à se transformer en fruits, astres, plantes et animaux. Il en est de même dans le Bouddhisme et l'Hindouisme, les mythes, les rites et les cultes sont dédiés à diverses déités qui, en fait, ne sont que des mises en formes multiples d'une déité unique: Brahmane pour les hindouistes et Bouddha pour les bouddhistes. Les images ci-dessous dévoilent le dieu Avalokiteshvara aux mille mains et onze visages (statues et mandalas), figure du dieu aux multiples facettes, dont la forme varie en fonction du temps et du lieu.

 

 

 

Nous avons tué Dieu en l'immobilisant.


Nous ne comprenons plus la Nature car nous nous sommes exilés de notre propre nature.

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