Entre expérience spirituelle et psychopathologie


La forte prépondérance du spirituel et du religieux parmi les personnes présentant un trouble de santé mentale est attestée par de nombreuses études, le plus souvent quantitatives. Le chercheur Huguelet et ses collaborateurs notent par exemple que la majorité des 100 participants à leur recherche (des personnes suivies en consultation externe pour schizophrénie) rapportent que la religion est une dimension importante de leur vie. En outre, 16% ont des hallucinations qui reflètent leurs croyances religieuses. Toutefois, seuls 36% en parlent à leur psychiatre. Un grand nombre d’écrits psychologiques considèrent la religion et la spiritualité comme des stratégies adaptatives aux troubles mentaux, comme des ressources qu’il est possible de mobiliser à des fins de rétablissement.


La difficulté à mesurer l’expérience religieuse, et la déclaration de Freud concernant le caractère psychopathologique de celle-ci, découle d’une pensée positive. Par ailleurs, les deux types d’expériences présentent de nombreuses similitudes, le problème de leur discrimination devient donc urgent.


D’une part, nous avons des expériences mystiques dénotant un appel dont les perceptions vont être amplifiées, il en naît des hallucinations (auditives, visuelles, tactiles...) pour les psychiatres et des « révélations » pour les mystiques. Il nous faut savoir qu’à ce jour aucun neurologue ne comprend ce qu’est une hallucination, il semblerait bien que ce soit la fonction onirique qui s’active à l’état de veille et donc agit là où elle devrait être en latence, et de ce fait provoque ces hallucinations. D’autres part, nous avons des personnes atteintes de troubles mentaux et se disent recevoir des « messages » et dont les hallucinations sensorielles sont prépondérantes. Où est donc la frontière entre ces deux états ? Plus précisément, existe-t-il réellement une frontière ? Les mots façonnent notre réalité, la taxinomie psychiatrique et spirituelle découle de cette réalité modelée.


Il est donc normal d’avoir des « cas » en spiritualité, et que certains patients en psychiatrie présentent des altérations d’état mental plutôt qu’une véritable pathologie. Il existe un floue entre les deux domaines qu’il va bien falloir trancher, ou plutôt éclaircir.


Pour donner un exemple prenons le cas des « enfants indigo ». Les « enfants indigo » est le nom générique donné par un ensemble de mouvements New Age à des enfants considérés comme « surhumains » et qui se présentent généralement avec des difficultés censées découler de l’inadaptation de leur environnement à leur supposé haut potentiel. Le concept d’« enfant indigo » a été inventé par Nancy Ann Tappe, une voyante américaine affirmant observer des « auras » de différentes couleurs autour de certaines personnes, dont la couleur indigo. Elle reprend alors un thème classique de l’ésotérisme, ouvrant un champ très large de différents profils psycho-spirituels fondés sur le type d’aura. partir d’un best-seller dû à des « écrivains-thérapeutes » comme le New Age en connaît beaucoup – Les Enfants indigo, enfants du troisième millénaire, écrit par Lee Carroll et Jan Tober –, l’idée s’est répandue que des « enfants indigo », des enfants « mutants », nés depuis les années 1990, surdoués et rebelles, seraient parmi nous pour nous aider à affronter la « grande transition planétaire ». Des parents sont alors amenés à voir dans le comportement « étrange » – à leurs yeux – de leur enfant et souvent de leur adolescent, le signe d’aptitudes spirituelles et paranormales particulières. Lee Carroll se prétend contacté par une entité spirituelle, Kryeon, un ange annonciateur de l’apocalypse et de sa solution: l’accueil des enfants indigo. Il y a donc une source millénariste à l’origine de cette dénomination « enfants indigo ». Mais il existe surtout une convergence étonnante entre cette mise en avant des « enfants indigo » et le diagnostic de TDAH (Trouble de Déficit de l’Attention/Hyperactivité ). Tant et si bien que l’on peut donner une double description du même enfant, l’une offrant des promesses plus porteuses sur le plan narcissique, et une autre plus troublant sur l’état mental et émotionnel. Le même type de recouvrement permet de recatégoriser des enfants en échec scolaire, autistes, dyslexiques, des « ados en crise », voire même n’importe quel comportement trivial d’un enfant, comme la frustration ou encore l’impatience. En fait, « enfants indigo » peut décrire n’importe qui.


Lorsque nous commençons à répertorier toutes les expériences spirituelles, nous entrevoyons que la psychiatrie doit changer de paradigme sur sa conception de ce qu’est l’humain. Mais il est également important que l’univers spirituel doit établir un tracé entre ce qui appartient à une expérience spirituelle, à une dérive de l’état d’être d’une personne.

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