Le retour du mage-philosophe

15 Jan 2018

 

 

 

 

Tout individu qui cherche la vérité et cultive la Sagesse peut se prétendre mage-philosophe. A l’inverse de ces deux disciplines, qui, enseignées séparément, dérivent vers une abstraction croissante du réel et ne se préoccupent nullement de l’éthique afin qu’elle imprègne le cœur des hommes, le mage-philosophe l’intègre dans son cheminement vers la Sagesse. Une telle voie ne peut se concevoir qu’à travers une quête de Soi, de type initiatique, par laquelle l’homme se parfait lui-même dans une verticalité de plus en plus étendue aux sphères les plus ultimes. Autrement dit, la verticalité est une voie anagogique, c’est-à-dire que l’ascension procède par stade d’inclusion de systèmes inférieurs (art, science, ésotérique, spirituel, etc.) en les englobant dans un système plus étendu. 

 

Bien loin d’être un homme déconnecté du monde qui se présente devant lui, il s’ancre dans la réalité qui l’entoure tout en préservant et réactualisant la Sagesse des Anciens. Mais au fait, qu’est-ce que la Sagesse ? Il s’agit de l’accomplissement, autant que faire se peut, de la Connaissance, de la Compassion et de la Lumière primordiale au sein du monde intérieur. Le mage-philosophe est, par conséquent, celui qui maîtrise ses puissances psychiques et physiologiques, en un mot son moi egotique, afin que son Soi puisse transparaître à travers lui. Il devient alors la Cité terrestre où le Seigneur personnel réside. La Sagesse a pour langage le symbole, dont chaque récit est élucidé par un mythe, et grâce auquel notre conscience egotique détruit toutes les auto-limitations infligées à nous-mêmes. C’est à cause de notre propre ignorance et obscurité intérieure que cette auto-limitation a pu être effective, la Sagesse émerge depuis l’horizon du monde intérieur telle une gnose atemporelle. Il y existe deux chemins possibles pour le mage-philosophe: l’apollinienne tout d’abord dont l’homme de la Cité présente un reflet évident, c’est l’homme des villes ; et dionysiaque, chemin de l’homme sauvage, ou des campagnes, qui érige une forme de folle sagesse en guise de vertus. Nul besoin de vivre dans une ville ou dans la campagne pour adopter l’un des chemins, c’est la nature de chaque homme qui trouvera le chemin qui est le sien.

 

La magie est la forme de théologie ancienne et traditionnelle, plus précisément de théosophie, dans laquelle les prêtres égyptiens, mésopotamiens et brahmanes véhiculent l’ensemble de la Connaissance. La magie est un art avant d’être une science, elle demande d’acquérir une qualité d’être très haute. C’est un médecin thaumaturge, un veilleur d’âme et un guide spirituel. Que devient le théologien des religions monothéistes face au mage ? Le mage est celui qui voit, c’est un « experiencer », il sent et observe concrètement la circulation des énergies et entend la voix des dieux, ou des esprits. Face à lui se tient le théologien, celui qui ne sait pas voir mais se représente un réel et un dieu qui n’existe que dans sa tête. Nous ne mettons pas face à face polythéisme et monothéisme à travers l’image du mage et du théologien, car comme tout gnostique le sait parfaitement il y a interrelation entre l’Un et le multiple et le multiple et l’Un. C’est le théologien aveuglé par les apparences qui n’arrive pas à percevoir l’unique par-delà toutes ses manifestations. Nous parlons donc de kathénotheisme, et non plus de polythéisme d’un côté et de monothéisme de l’autre. Le kathénotheisme consiste à saisir le processus de multiplication de l’Un au cœur du monde phénoménal, il n’y que l’Un sous multiple apparence.

 

Actuellement, dans une majorité des cas, le mage est fasciné par les pouvoirs psychiques, autrement dit il reste éloigné de l’Un, tout comme le théologien, mais il réside sur autre plan que ce dernier. Pourquoi est-il éloigné, voire même se complaît dans son propre monde ? C’est parce qu’il a oublié que l’objet même de sa discipline n’est pas la quête de pouvoirs, mais la maîtrise de tous les éléments du monde extérieur et intérieur dans le but de s’élever vers l’Etre incommensurable. Devenir maître de soi-même, c’est effacer toutes les barrières qui se sont érigées entre moi et l’Etre incommensurable, le mage est donc un homme humble et qui transparaît devant la Lumière primordiale.

 

Il est possible de réenchanter le monde grâce au mage-philosophe, mais cette voie demande de consacrer son temps à l’acquisition de la Sagesse. Beaucoup de temps. Dans un monde où tout s’accélère, le mage-philosophe a t-il sa place ? Je répondrais par l’affirmatif. Chacun d’entre nous est libre de choisir s’il est prêt à consacrer son temps à une voie qui mérite plus d’attention, que le simple fait de dilapider son propre temps comme nous le faisons tous les jours.

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