La cosmogonie des dix sphères célestes, du Noûs aux dix Sephirot

25 Jan 2018

 

Pythagore fut le premier philosophe grec à concevoir la luminosité, et le mouvement circulaire des planètes, comme des manifestations de la perfection absolue originelle. Cette circulation des planètes était liée à des nombres entiers, à des sons et à des esprits subtils qui naviguaient chacune sur des « plans » différents, qu’il décrivait comme des sphères. Cette philosophie des sphères imbriquées l’une dans l’autre tire sa source en Mésopotamie et en Égypte antique, l’origine de cette vision remonte en fait à beaucoup plus loin puisque cette cosmogonie des astres se retrouvent dans l’Hindouïsme et le Bouddhisme. 

 

C’est ainsi que dans le « Sûtra de la Grande compassion à mille mains et mille yeux », un Tantra Bouddhiste, dont le cœur de l’enseignement est dédié au dieu Avalokitesvara nous expose la doctrine du dieu. Le sûtra raconte que le Bouddha Shâkyamuni se trouvait un jour au palais d'Avalokiteshvara sur le mont Potalaka en compagnie d'une multitude de bodhisattvas au rang desquels se trouvaient Maitreya et Manjusrî. Il y avait également, dit le texte, une multitude de moines, de Dieux-Brahma, de dragons célestes et d'autres êtres surnaturels. Alors, sans rien dire et par ses seuls pouvoirs magiques, Avalokiteshvara recouvrit l'univers d'une lumière dorée qui éclipsa l'éclat de la lune et du soleil.

 

Un bodhisattva dénommé Roi des portes-mémoires se leva et demanda aussitôt au Bouddha qui pouvait bien être l'auteur d'un tel prodige ! Ce dernier lui révéla qu'il s'agissait du bodhisattva de l'Amour et de la Compassion, Avalokiteshvara, qui se trouvait dans l'assemblée. Alors Avalokiteshvara se leva immédiatement de son siège, joignit les mains et s'adressa au Bouddha. Il voulait maintenant exposer l’invocation de la Grande Compassion. Avalokitesvara est la forme du Bouddha universelle de la Compassion, il possède onze têtes dont une se situe hors de l’espace-temps. Les dix têtes figurent être les dix plans de l’existence, chaque plan correspond à des sphères planétaires et donc le chiffre dix symbolise l’univers manifesté dans son intégralité.

 

 

Deux thèmes essentiels s’interpénètrent et s’engendrent mutuellement, tant en Orient qu’en Occident, par l’intermédiaire de cette cosmogonie. Le nombre de sphères célestes co-évolue avec la préexistence des âmes humaines, qui ont émané depuis l’horizon ultime des dix sphères. Ce qui amène à plusieurs conséquences directes comme la chute, la métempsycose, la remontée vers l'origine céleste et l'apocatastase. Chaque spiritualité d’Orient et d’Occident va élaborer son propre mythe de l’âme, depuis sa descente jusqu’à sa remontée, telles les grandes religions ou toutes les autres spiritualités évoluant en parallèle. Les âmes des hommes, également mus par un mouvement régulier, devaient nécessairement être rattachés, et affiliés par leur essence même à ceux des astres, c’est ce qu’affirmait l’école pythagoricienne. La parenté des âmes et des astres eut pour première argumentation l'immortalité des âmes. La cosmogonie est une ontologie, qui à son tour apparaît comme une métanoïa initiatique. Chaque âme qui parcourt son espace intérieur traverse les dix sphères imbriquées l’une dans l’autre, dans un déploiement de son être de plus en plus ample et une réunification de ses énergies éparses. De la multiplicité à l’Unité première. 

 

Quelques siècles plus tard, le monde islamique développa cette idée des dix sphères d’une manière fulgurante, et lui offrit une autre apogée dont l’influence perdurera pendant des siècles encore. Le philosophe Avicenne a repris presque point par point l'adaptation de la cosmologie aristotélicienne des Intelligences séparées à la doctrine plotinienne de l'émanation d'al-Farabi. Comme le remarque le médiéviste Alain de Libéra, cet univers, « véritable modèle transculturel », se retrouvera aussi bien « dans la kabbale juive que dans la physique universitaire latine, dans la mystique comme dans la science, dans la psychologie comme dans la prophétologie ». Émanées de Dieu, ces Intelligences, Noûs en grec, sont de nature divine. Dans la gnose alexandrine et islamique, la troisième Intelligence et la dernière Intelligence jouent un rôle capital. La troisième Intelligence va être assimilée à la Sophia, celle qui se tient au niveau de la sphère saturnienne de l’ancien système planétaire. La hiérarchie planétaire s’organisait selon le système planétaire dit chaldéen: l’Empyrée (Olympe), la sphère des étoiles fixes, Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Venus, Mercure et la Lune. Platon, dans ses textes, nous expose une hiérarchie planétaire différente, celle dite égyptienne, mais elle garde les mêmes propriétés astronomiques et spirituelles que les autres systèmes.

 

 

 

Quelques siècles plus tôt qu’Avicenne, le théologien et mystique chrétien Denys l'Aréopagite s’est appuyé sur cette cosmogonie afin d’ériger son modèle hiérarchique des Anges. Dans l’Empyrée se loge la triade divine, qui n’est point hiérarchie mais égale, comme l’expose Origène. En dessous, il y a neuf sphères-célestes répartis en trois ordres: d’abord les Séraphins, les Chérubins et les Trônes ; ensuite les Dominations, les Vertus et les Puissances; enfin les Principautés, les Archanges et les Anges.

 

De quelle manière s'organisait les dix sphères-célestes au Moyen-Age ? La façon dont un médiévale voit l'univers apparait comme un système hiérarchique émanant depuis l'Unité première, Dieu, à la multiplicité des êtres existants. La Terre appartient au domaine de la corruption et des quatre éléments, dit monde sublunaire, tandis que les sphères du dessus circulent dans une régularité constante, une perfection, dont l'Ether constitue leur matière. Chaque sphère est le domaine d'une planète, selon le système planétaire chaldéen ou égyptien, la sphère la plus proche de nous est la sphère lunaire et la plus éloignée est la sphère de Saturne. Les sept planètes s'agencent et s'organisent hiérarchiquement de haut en bas, tout en sachant que pour cette période de l'histoire la Lune et le Soleil étaient conçus comme des planètes à part entière. Au dessus de la sphère de Saturne il y a la sphère des étoiles fixes, puis l'Empyrée pour finir au Royaume divin. Dans ce sytème, le domaine terrestre est un monde imparfait, mortel, alors qu'aux plus hautes sphères nous approchons la perfection et l'immortalité. Dans cette cosmologie, chaque sphère possède trois éléments : un Corps (astre), une Ame et une Intelligence (entité immatérielle qui préside à chaque sphère). Dieu fait émané de Lui les neuf sphères contenant chacune ces trois éléments, dont la puissance va s'amoindrir et se corrompre à mesure de sa descente le long de cette hiérarchie. Il est dit que chaque Intelligence transmette l'influx divin, la Lumière primordiale, depuis l'Origine jusqu'à nous. Dans les traditions monothéistes, ces Intelligences s'assimilent aux Anges. Ce sont ces Anges qui animent l'univers mais également transmettent l'influx divin au-dehors et au-dedans de nous-mêmes. L'utilisation des talismans en magie s'ancrent dans cette conception des sphères imbriquées et de la hiérarchie des Intelligences, des Anges, dont la mage essaie d'imprimer l'influx sur l'objet talismanique. 

 

La dernière des Intelligences qui préside notre monde terrestre est dite « Intellect agent », elle attend notre réveille afin de devenir « Intellect en acte » c'est-à-dire qu'elle passe du passif à l'actif. C'est de cette manière que chaque homme possède un potentiel qui n'a pas encore été exprimé, la prophétie est une mise en acte de cet « Intellect agent ». La première des dix Intelligences se suffit à Elle-même, tout ne fait q'un en Elle, Elle n'est qu'Unité sans contradiction. 

    

Pour revenir à la gnose alexandrine et islamique, la dixième sphère est dénommée Sophia (Sagesse), autrefois cette Intelligence résidait à la troisième sphère saturnienne, mais elle a chuté pour une faute. Sa faute ébranla l'équilibre de l'univers, c'est à cause de cette faute que la corruption et la mort intégra l'univers. La gnose enseigne que cette Intelligence à le pouvoir de se racheter en retrouvant l’appelle de l’Eternel Empyrée et du divin (résidence du vrai dieu pour les gnostiques). Le Démiurge, ou la Sophia, se tenant au niveau de Saturne s’enorgueillit de sa propre création, c’est-à-dire de notre univers manifesté co