L'Hyperborée, l'Homme primordial et la dimension onirique

28 Jan 2018

 

Quelque part sur le globe, en un lieu retiré, isolé du monde moderne et du reste de l'humanité, dans une enclave préservée de l'histoire vit reclus un groupe d'hommes et de femmes qui ont su garder intact l'enseignement des Anciens. Dans une clairière au Yucatan, au coeur d'un oasis, dans un monastère perdu et oublié au Tibet ou encore dans une crevasse escarpée qui forme l'ouverture d'un monde souterrain, tels sont les variations d'un même schème dans notre littérature spirituelle. 

 

Ainsi, ce monde perdu peut apparaître comme une fantaisie, une fiction, mais en fait cette image transmet une Connaissance multimillenaire dont le schème reste invariable mais ses formes sont multiples. Shambhala (Bouddhisme et Hindouisme), Shangri-La (Chine), Éden (sémite) ou encore l'Hyperborée (Grèce antique) font références à ce même schème. Est-ce que cette littérature spirituelle découle d'un même fond commun? Est-ce qu'il y a eu influence réciproque entre toutes ces traditions ? Certainement. Mais au delà de l'histoire existe une métahistoire, un monde où toute l'histoire humaine prend sa source d'archétypes atemporels et qui agissent comme moteur de l'histoire humaine. C'est parmi ces archétypes que ce range le schème invariant que nous présentons dans ce petit article. 

 

C'est au coeur de notre être, au centre, que se tient le monde perdu. En ce lieu où Joie, Bonheur, Amour et Connaissance sont prodigués l'homme mondain ne peut y avoir accès, car pour cela il faudra arpenter des mondes dans lesquels il devra affronter toutes ses craintes et peurs. De nombreux mythes anciens situent cette contrée au Nord de notre Terre, comme chez les aztèques et les incas par exemple, cette vision tient d'une astronomie où les étoiles circumpolaires tiennent lieu de pays des Ancêtres. Pour les rejoindre, l'homme devra peregriner depuis la porte des morts qui se localise au Couchant, puis entrer dans une cavité sous une montagne afin de penetrer dans le royaume des morts. De là, l'accès vers les étoiles impérissables dévient possible au téméraire, mais la terre des Ancêtres est parsemée de difficultés. C'est à partir de cette ancienne relation entre ciel étoilé, monde des Ancêtres et monde perdu que le rêve s'intègre comme voie initiatique. Le monde du Rêve est celui des dieux stellaires et des premiers hommes. Il y a donc accointance entre l'orientation cardinale Nord, le monde perdu et notre Soi qui n'est autre que notre véritable identité. 

 

Qu'est ce que l'Homme primordial ? Et où réside t-il ? C'est notre propre lumière fondamentale qui est tapie sous les couches de notre psychisme, ou comme le disent certaines traditions c'est l'Homme intérieur. C'est lui qui détient toute la Connaissance. Ceux qui vivent parmi lui deviennent par conséquent les Gardiens du Trésor, ces hommes et ces femmes sont physiquement présents mais leur esprit réside dans cet ailleurs. Le monde des rêves, lorsqu'il est lié à une Connaissance de soi, ouvre la porte du Couchant mais le curieux s'égarera dans un labyrinthe et l'ignorant se perdra à jamais dans des interprétations fantasmagoriques. Apprendre à rêver acquiert pouvoir et libération. Les poètes sont les plus proches du monde des rêves, ils perçoivent par delà le monde phénomènal les réalités intangibles. 

 

Le poète Artaud pressent une "connaissance des fonds occultes de l'homme, perdue depuis avant les temps". Dans un rêve éveillé que fait Artaud autour des pétroglyphes de la "Montagne des Signes" au Mexique, le poète affirme qu'il a vu "le rite des Rois d'Atlantide tels que les décrit Platon dans les pages du Critias". Quand au poète René Daumal, son "Mont Analogue" décrit, dans un langage analogique la découverte d'une île cachée, ignorée de l'homme ordinaire, et de l'ascension de la Montagne se découvre les premières étapes de l'approche de la Connaissance. Cette île et cette Montagne sont en l'homme, c'est son humanité cachée. 

 

Il est temps de retrouver notre paradis perdu.

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