Rêver en Chine

10 Sep 2017

 

Ces rêves sont consignés dans le « Yùxiájì » (Mémoires du Coffret de Jade), compilation commencée par Xu Zhen (né en 239) et augmentée à diverses reprises. Chaque rêve est accompagné d'un numéro, chaque numéro se réfère à un idéogramme lequel renvoie à l'interprétation du rêve en question :

 

1/
Ding Gù, qui devint un des trois régents de Wú, rêva qu’un sapin poussait sur son ventre:

Il discerna le caractère song: sapin, qui est formé de trois parties ; à gauche shí: dix et ba: huit, ce qui fait 18, et, à droite, gong: officiel (mais aussi Grand ministre).

Sans doute, Ding Gù travailla dur pendant dix-huit ans afin de devenir ministre, et comme il a tout fait dans ce sens, il l’est devenu, comme ceux auxquels la diseuse de bonne aventure prédit quelque chose de réalisable, tel un mariage ou un voyage.

 

 

2/
Alors que Pu Gong (alias Líu Bang) était encore gardien des rues de la bourgade de Péi, il rêva qu’il poursuivait un bélier et lui arrachait cornes et queue:

On lui expliqua: yáng: bélier, dont on arrache les cornes et la queue, cela donne wáng: roi. En effet, après avoir défendu la bourgade de Péi, l’énergique Líu Bang devint duc de Péi, puis, en 202 avant notre ère, empereur sous le nom de Gaozu, et fonda la dynastie des Hàn.

 

 

3/
Fang Lín, un jour avant de se présenter aux examens officiels, rêva qu’un revenant jouait avec un boisseau. Allongé sur son lit, il analysa:

Le caractère gui: le revenant, et le caractère dou: le boisseau (mais aussi le caractère utilisé dans « bei dou xing »: la Grande Ourse), cela donne le caractère kuí: la première place (mais aussi le caractère utilisé dans « kuí xing »: l’étoile ? de la Grande Ourse et le dieu de la littérature) ; en effet, il fut premier aux examens littéraires.

Le revenant, c’est sa mémoire sur laquelle Fang Lín sait qu’il peut compter: il joue à la mesurer (à l’aide d’un boisseau) sous la bonne étoile, allégorie par excellence de l’examen littéraire.

 

 

4/
Un empereur Sòng était malade. Il rêva, une nuit, que l’eau du fleuve se desséchait. Attristé, il considéra, selon la croyance traditionnelle, que l’em-pereur est l’image du dragon qui habite le fleuve. Si maintenant le fleuve se dessèche, le dragon n’aura plus d’endroit où se loger. C’est l’interprétation du contenu manifeste du rêve, mais examinons son contenu implicite:

En effet, lorsque l’Empereur questionna ses ministres, ceux-ci lui dirent: le caractère hé: le fleuve, sans shui: eau, c’est ke: pouvoir, mais aussi « assez bien ». L’empereur se réjouit et guérit. Quand on est malade, le désir de rétablissement conduit à rêver un contenu latent impliquant la guérison et non la mort.

 

 

5/
Cài Mào – futur ministre des Hàn postérieurs – rêva qu’il cueillait un épi de blé, puis qu’il le perdait:

Maître Guo Qiáoqing lui dit: « les caractères hé: épi et shi: perdu, cela fait ensemble zhì: poste officiel. Vous aurez certainement une charge importante. »

 

 

En effet, dans les dix jours qui suivirent, l’empereur le nomma ministre.

Cueillir un épi et le perdre, c’est cueillir un poste officiel. Il est à remarquer qu’il perd l’épi cueilli comme la taxe à payer pour le poste inconsciemment convoité, mais implicitement, il est conscient d’en être à la hauteur.

 

Source :

 

Article : Dubal Léo, Xiaoxué Yuan, « En chinois dans le rêve », Essaim, 2008/1 (n° 20), p. 201-209. DOI : 10.3917/ess.020.0201. URL :

https://www.cairn.info/revue-essaim-2008-1-page-201.htm

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