La science des lettres de Raymond Lull, ou la puissance de la géométrie

19 Mar 2018

 

Ce que la pensée musulmane appelle la « science des lettres » (qualitative) qu’elle couple avec la « science des balances » (quantitative) comme on le trouve chez l'alchimiste Jabir ibn Hayyan, renvoie à un Art total dans lequel tout ce qui existe peut être embrassé d'un seul regard. Raymond Lull reprendra à son compte cette utilisation des lettres qui, agencées avec des figures géométriques, formera ce qu’on appelle son Art combinatoire. Peu de temps après le Llibre del Gatzel, il écrit une somme importante dénommé le livre des contemplations qui est une compilation de la foi chrétienne traditionnelle de son époque. Il allie la foi chrétienne à la philosophie grecque de la nature des quatre éléments (Terre-Eau-Air-Feu) et leurs qualités mais aussi sur la quintessence, sur le cinquième élément d'Aristote et qui n’est pas un cinquième élément à part des autres mais une harmonie des quatre éléments et dont est fait le ciel :

 

« Dieu créateur, Père et Seigneur de tout ce qui est ! vous qui avez créé la prima materia de rien; [laquelle est la matière dont sont faites toutes choses avant d’avoir un corps] que vous avez divisé en cinq parties : les quatre éléments que vous avez voulu être quatre de ces parties et le firmament que vous avez créé comme étant la cinquième. »

Le Livre de Contemplation

 

Par la suite, en 1274, notre Raymond vécut un épisode érémitique sur le Mont Randa, petite montagne situé à l’est de Palma durant lequel il eut une illumination, la révélation d’un Art qu’il appellera le Grand Art qui selon lui, était une méthode permettant de formuler, sous forme abstraite de figures géométriques et de lettres et de manière quasi exhaustive, tous les sujets de réflexion philosophique et théologique et d’y trouver les réponses prouvant tous les articles de la foi chrétienne dans le seul but de convertir les infidèles. Ainsi il agencera des lettres classées en « chambres » représentants les différents domaines de la philosophie et de la théologie et les associant à des figures géométriques qu’il fera pivoter en leur centre, il pourra repérer et donner des réponses aux multiples questions qui existent en philosophie et en théologie. Il mettra de cette manière en relation les catégories aristotéliciennes, les prédicats, les composantes de l’âme, les sujets de l’échelle des êtres, les vices, les vertus, ect. 

 

Découlant de la « science des balances » et de la « science des lettres » de l’art alchimique jabirien, la médecine consiste à renforcer la qualité contraire lacunaire car la mort et les maladies liées au mal et au péché sont conçues comme une disharmonie entre les éléments et leurs qualités. Il le dit lui-même, l’intention du médecin est contraire à la « privation d’être » car, pour tout le courant augustinien, le mal est une privation d’être, une « privatio boni ». 

 

Un grand parmi les grands s'inspirera de Raymond Lull, c'est Giordano Bruno. Il dira au sujet de la quintessence qu'elle relie le macro au micro « le maximum n’est rien d’autre que le minimum », (qui rappelle la table d’émeraude : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas) elle signifie que la monade est la substance ou cause de l’unité commune à tous les êtres des trois niveaux de la connaissance (sensible, intelligible, intuitive).

 

A nous de nous connecter.

 

 

Sources :

 

Article: Pierre Lory. Eschatologie alchimique chez Jâbir ibn Hayyân. Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée, Université de Provence, 2000, 91-94, pp.73-91.

 

 Titre : Livre de Contemplation

Auteur : Constantin Teleanu

Editions : Lulu