Magie et sorcellerie gallo-romaines : les plaques de défixition en plomb

29 Apr 2018

 

La defixio, du verbe defigere, désigne le fait de « ficher », « fixer en bas », ou encore « transpercer », à l’image du clou que l’on fige dans une effigie, le stylet grave la plaque de plomb ou parfois d’argent lors du rituel d’envoûtement. Ainsi, comme pour l’enclouage, on entrave celui à qui l’on veut nuire puis on le livre ensuite aux puissances infernales. L’incantation gravée sur la tablette décrit donc dans le détail cette opération. Généralement écrit à la première personne, le texte comporte le nom de la victime, parfois accompagné de celui de sa mère, en Afrique du Nord notamment. Elle porte le(s) nom(s) des divinités invoquées et la liste des malédictions et maux à infliger.


La plupart des « tablettes d’exécration » apparaissent sous la forme de petites plaques, de feuilles, de lamelles ou encore de petites barres de plomb portant des inscriptions et des signes gravés généralement à l’aide d’un clou durant le rituel d’envoûtement. Le support est systématiquement roulé, parfois autour d'un élément, cheveux ou bout de tissu, ayant été en contact avec la personne à envouter, le tout éventuellement scellé par le clou ayant servi à la gravure, qui est planté à travers.

 

La langue utilisée est généralement le latin courant, qui en Gaule est souvent associée à des mots celtes. Certaines tablettes sont ainsi entièrement en gaulois, d’autres mêlent gaulois et latin, d’autres encore le grec et le latin. Il n’est pas rare de trouver également des mots étrangers en égyptien, copte, ou hébreu. Des signes « ésotériques », apparaissent également.

 

Les dieux évoqués, Hermès / Mercure, Hécate, Pluton, Proserpine – pour les Latins –, Aquannos (un esprit des eaux ?), Nana, Adsasgona / Adsagonda (déesse des Enfers), Antumnos (dieu du monde d’en bas), Bregissa, Branderix (de brano, le corbeau), Maponos (Mabon) – pour les Gaulois, sont généralement là encore ceux du monde souterrain.


Même en Gaule, on trouve des références à des dieux orientaux : Abrasax, Damnameneus et Sabalthouth. Les plus tardives portent les noms de Seth, Anubis, Iaô (transcription grecque de Yahvé), Adonaï ou encore Sabaoth (Yahvé Sabaoth = Seigneur des Armées).

 

Les tablettes de defixion se répartissent suivant cinq groupes définis au début du XXe s. : les affaires judiciaires (defixiones iudiciariae) ; le domaine érotique (defixiones amatoriae) ; le cirque et les autres spectacles (defixiones agonisticae) ; les calomniateurs et les voleurs, et enfin celles dirigées contre les concurrents économiques. Les découvertes faites depuis l’élaboration de cette classification permettent de proposer aujourd’hui un sixième groupe pour celles censées protéger ou maudire un lieu.

 

Une fois le rituel accompli, les defixiones, véritables contrats passés avec les puissances infernales étaient ensuite déposés dans des puits, des tombes ou de simples fosses, dans un sanctuaire ou encore confiées à une rivière. Elles visent généralement à lever une malédiction en attaquant la personne jugée responsable de celle-ci, mais pas toujours. Les divinités invoquées sont généralement des puissances chtoniennes, assimilées aux enfers.

 

 

 

Le lieu d’enfouissement n’était donc pas choisi au hasard. La requête pouvait être confiée à un mort, intercesseur privilégié pour toucher les divinités chtoniennes. De même, on ne trouve pas des tablettes dans tous les sanctuaires. Ceux des divinités souterraines étaient de loin les préférés. La rivière, voire la source, devait emporter le mal au loin (désenvoûtement), alors que le puits présentait la caractéristique d’ouvrir sur le domaine chtonien et de comporter de l’eau. Ces caractéristiques pouvant se combiner, les puits et les citernes des sanctuaires étaient donc particulièrement prisés.

 

Sources :

 

Titre : La magie dans l'Antiquité gréco-romaine. Idéologie et pratique.

Auteur : Fritz Graf

Editions : Les Belles Lettres

 

Titre : La magie dans l'Antiquité

Auteur : Michaël Martin

Editions : Ellipses

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