Se nourrir du Prana

29 Mar 2019

 

 Nicolas de Flüe (XVème siècle), un inédie avéré

 

I/ De la science à la métaphysique

 

   Nous allons aborder un sujet des plus brulants dans cet article, en effet, le regard que portent les biologistes sur la réalité de cette notion tend à être dénigré avant même d'établir un protocole de validation. L'inédie, le respirationisme ou encore se nourrir de Prana désigne sous plusieurs termes un champ d'application dans lequel une personne s'abstiendrait totalement de nourriture et de boisson. Cette personne est censée vivre sans se nourrir pendant plusieurs semaines, mois ou années. C'est une chose impensable en biologie puisque le corps humain est perçu comme une machine, comme tout corps vivant, il lui faut donc de l'énergie afin qu'il puisse fonctionner et se mouvoir correctement. Cette énergie est ingurgitée grâce aux aliments que l'on avale ainsi qu'aux différents liquides que nous buvons. Si l'on prive le corps humain d'énergie, le corps de la personne se détériorera, s'affaiblira et puis mourra. Cette vision du corps-machine ne peut exister que dans un système de représentation dans lequel chaque être vivant agirait comme un automate, la conscience qui activerait le corps est donc perçue comme un ensemble de sécrétion moléculaire dû à l'activité neuronale, et, que, par conséquent, toute conscience est de nature organique et disparaitrait avec ce dernier. Une telle représentation se fonde également dans un système clôt, autrement dit chaque conscience aurait besoin d'apport énergétique extérieur, en outre la nourriture que nous ingurgitons, afin que la machinerie organique puisse se mettre en marche. Le corps-machine-moléculaire s'applique à démontrer que l'ensemble des activités biologiques s'appuie sur les mêmes principes que la thermodynamique élaborée par les ingénieurs et les physiciens du XIXème siècle. Nous allons donc nous attarder sur la thermodynamique pour mieux revenir à notre sujet.

 

  La thermodynamique du XIXème siècle se définit comme la science de l'équilibre dont la teneur et l'aboutissement n'existent que dans un milieu fermé, c'est-à-dire que les deux premières lois qui en découlent doivent s'entendre dans un système clôt. Le fondement même de la thermodynamique est l'énergie, mais qu'est-ce que l'énergie? Le mot énergie vient du grec energeia qui signifie "force en action" c’est-à-dire capacité à produire un mouvement. Ainsi un corps qui possède de l’énergie cinétique peut continuer, de lui-même, son mouvement au moins sur une certaine distance même dans un milieu résistant. Pour un système en état d'équilibre où les variables d'état sont constantes et uniformes, donc statique, l'énergie interne du sytème est une fonction de celles-ci. 

 

Qu'elles sont les deux premières lois de la thermodynamique?

 

  La première loi de la thermodynamique est la loi de la conservation de l’énergie. Elle stipule que l'énergie d’un système ne change pas peu importe les évolutions que subit ce système. Cette loi est un fondement de la logique scientifique et permet à prédire la direction que prendra un système. Le deuxième principe de la thermodynamique stipule que le désordre dans tout système isolé croît inévitablement et irréversiblement avec le temps. Il explique pourquoi il faut se nourrir régulièrement, faire le plein d’essence à chaque fois pour rouler, pourquoi une boisson chaude se refroidit, ou encore pourquoi le temps s'écoule dans une direction et non dans l'autre, et pourquoi toute forme d'organisation meurt un jour. Tout comme pour la première loi, on n'échappe pas à la deuxième. La création spontanée d'énergie n'existe pas.

 

  A partir des connaissances des lois de la thermodynamique en état d'équilibre, statique et fermé, la biologie moléculaire s'est inscrite dans cette représentation afin d'élaborer son homme-machine. Nous pouvons également nous apercevoir que la physique d'Aristote est à la source de cette représentation de la matière. En effet, le philosophe Aristote a construit un univers dans lequel chaque élément qui le constitue ne peut se mouvoir qu'à condition qu'un élément premier impulse la machinerie cosmique, ce qui implique un Moteur immobile propulsant les éléments constitutifs de la matière. Le Moteur immobile ("Celui qui bouge sans être mû" dans les textes d'Aristote) est définit comme la Cause première (Prima causa), et se tient hors de porté de l'espace-temps et de la matière. Le Moteur immobile fait mouvoir les autres éléments sans être lui-même mû par une action initiale. Bien que la biologie actuelle rejette toute idée d'un Principe transcendant, le corps humain découle bien de cette représentation aristotélicienne du mouvement. Ce qui n'est pas dit, et ce qui reste une énigme en biologie, c'est l'origine même de l'organisation structurelle des organismes vivants. Pour quelle raison l'ordre se manifeste et qu'il y a constance de l'organisation structurelle d'un organisme vivant? Les chimistes et les physiologistes sont au coeur d'une bataille car ni l'une ni l'autre branche de la biologie ne sait répondre à cette question. Aristote aurait répondu par une évidence, c'est grâce au Moteur immobile. Par conséquent, la préservation de l'ordre d'un organisme durant toute une vie reste une interrogation actuelle en biologie. Il nous faut ajouter qu'à côté de cet homme-machine s'élabora en biologie un homme-moléculaire-chimique dans lequel toutes les interactions organiques dépendent d'une physique aristotélicienne, une molécule en active une autre et ainsi de suite. En conséquence, la perception qu'ont les biologistes de l'énergie découle d'une compréhension aristéto-newtonienne du corps en mouvement sans que cette branche de la science n'est pu intégrer le bouleversement qu'apporta Albert Einstein, ni même la physique quantique du XXème siècle. Notre biologie moléculaire de notre époque est donc prisonnière du corps-machine-chimique datant de Newton (XVIIIème siècle), car la physique de Newton s'ancre dans la physique d'Aristote.


  Suite à cette explication, il nous faut entrevoir que le XIXème siècle à engendrer également deux matières qui restent actuellement inconciliable en science. D'une part les physiciens s'occupent d'une matière dite inerte et d'autre part les biologistes s'accaparent une matière dite organique, la différence entre les deux matières est que l'une est morte et statique, objet des expériences physiques, tandis que l'autre est vivante, matière constitutive des êtres vivants. Toute la question de l'origine de la vie tient entre ces deux matières, puisque il est annoncé que notre univers découle d'une matière inerte, morte et statique, dans lequel fut injecté de l'énergie depuis la Singularité Initiale du Big Bang, et de l'autre existe des corps-machine-chimique s'activant dans une matière vivante et dont l'énergie du mouvement est rendu possible par l'ingestion d'aliment. Les prédictions de l'avenir de l'univers et des corps vivants dépendent donc des lois de la thermodynamique, l'énergie tend vers une direction prédéfinit par ces mêmes lois. En conclusion, dans cette représentation du monde et de l'homme il est impossible de se nourrir de Prana, d'ailleurs le Prana reste une fantasmagorie.

 

  La révolution de cet univers plat, statique, et sans apport énergétique proviendra des nouvelle découvertes sur la thermodynamique d'Ilya Prigogine. Ce chimiste et physicien du XXème siècle poursuivit les travaux du XIXème siècle et mit en place des études en système ouvert et dynamique des fluctuations de l'énergie, et dans lequel des structures dissipatives se mettaient en mouvement. Ce sont des structures stationnaires hors d’équilibre où la dissipation d’énergie entretient une organisation locale, c'est la naissance de l'auto-organisation et des propriétés émergeantes. Toutes ces études soulignèrent l’importance des rétroactions, des non-linéarités et du caractère ouvert et hors d’équilibre des systèmes pour qu’il y apparaisse des formes stables et reproductibles sans plan d’ensemble, ni prescription extérieure. Désormais, il faut penser l'ordre et l'organisation comme une mise en mouvement d'une énergie en apport constant, qui agirait en système ouvert et dynamique, et qui produirait des auto-organisations. Tout système découle d'une certaine relation entre ses éléments et produirait une organisation singulière dont l'état d'équilibre dépendrait de l'apport constant d'énergie. L'équilibre résulterait d'une distribution non linéaire de l'énergie, dès lors ce ne sont plus les éléments du système qui importe le plus mais c'est la relation qu'ils tissent qui prime. Si l'énergie change en intensité, la relation entre les éléments du sytème s'en trouverait bousculé et l'organisation se transformerait. Dans ce système ouvert, il existe un seuil de tolérance où l'organisation d'un système est préservée jusqu'à un certain apport d'énergie. Si l'énergie dépasse le seuil, alors c'est l'ensemble du système qui s'en trouve bouleversé.

 

  Toute la compréhension de notre questionnement initiale se tient en fait dans cette énergie et de son apport dans un système. Il est donc capital d'en comprendre toutes ses attaches scientifiques. Nous resterons dans les grandes lignes puisque ce sujet demanderait à lui tout seul une étude approfondie, ce qui ne peut être fait dans cet article.