Le Fama Fraternitatis (1614), la fraternité rosicrucienne

17 May 2019

 

 

En 1614, paraît à Cassel, à l'imprimerie de Wilhelm Wessel, un ouvrage anonyme en allemand : Réforme générale et commune de l'univers entier, suivie de la Fama Fraternitatis de la Très Louable Confrérie de la Rose-Croix, à l'adresse de tous les savants et souverains d'Europe, accompagnée d'une brève réponse du Seigneur Haselmeyer qui pour ce motif a été jeté en prison par les Jésuites et mis aux fers dans une galère. Aujourd'hui donnée à imprimer et portée à la connaissance de tous les cœurs sincères.

 


L'ensemble du FAMA est retranscrite dans les lignes qui suivent depuis une édition de 1921.  

 

 

 

AU LECTEUR
QUI COMPREND LA SAGESSE

 


La Sagesse (dit Salomon) est pour les hommes un trésor infini car elle est le souflle de la puissance divine et un rayon de la magnificence du Tout-Puissant. Elle est un reflet dela lumiére éternelle, un miroir vierge de la puissance divine et une image de sa bonté. Elle enseigne la discipline, l'intelligence, la justice et la force. Elle comprend, les formules cachées et sait le mot des énigmes. Elle connait par avance signes et miracles et ce qui se passera dans l'avenir. Ce trésor, notre père Adam le possédait complètement avant la chute d'où il apparait que, Dieu le Seigneur ayant porté devant lui tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, il put donner a chacun d'entre eux le nom lui appartenant selon sa nature. La triste chute dans le péché a écorné ce joyau magnifique de la Sagesse, répandu l'orgueilleuse obscurité et l'incompréhension sur le monde ; pourtant Dieu le Seigneur l'a dévoilée par instants a ses amis car le sage roi Salomon témoigne de lui-même de ce fait : avoir obtenu, sur sa prière appliquée et son aspiration, semblable sagesse de façon à connaitre comment le Monde fut créé, la force des éléments, le commencement, le milieu et la fin du temps, comment le jour commence et finit, comment les saisons se transforment, comment l'année évolue, comment les étoiles se maintiennent et de façon aussi à comprendre l'instinct des animaux domestiques et sauvages, les tempêtes la pensée des hommes, la nature de toutes les plantes, la force des racines et autres choses.

 

Bien que je ne veuille pas croire que l'on puisse trouver quelqu'un qui ne veuille partager ce trésor, qui ne veuille le désirer de tout coeur, celui-ci pourtant ne peut rencontrer personne a moins que Dieu ne donne lui-même la sagesse et n'envoie son Saint-Esprit des hauteurs - donc nous avons fait imprimer ouvertement ce petit traité du Fama et des confessions de l'aimable fraternité des Rose-Croix dans lequel est clairement désigné et découvert ce qui doit être espéré pour l'avenir du monde dans ce cas. 


Bien que certes ces choses puissent paraitre un peu étranges et que plus d'un désire croire qu'il n'y a qu'un aveugle essai de philosophie au lieu d'une histoire vrai e dans ce qui a été publié concernant la fraternité des Rose-Croix, cependant il paraitra amplement à travers les Confessions qu'il y a plus que l'on croit IN RECESSU et celui qui n'est point un ignorant pourra facilement remarquer et comprendre le sens se rapportant au jour d'aujourd'hui et au temps présent. Pour ce qui est de véritables disciples de la Sagesse et héritiers de la science cachée, ceux-la prendront les choses en meilleure attention ; ils sauront aussi laisser tomber là-dessus un plus vaste LUDICIUM, en partie donc de la part des gens nobles, particulièrement d'Adam Haselmeyer Notario pub. chez S.D. l'archiduc Maximiliano qui a aussi fait un extrait EX SCRIPTIS THEOLOGICIS THEOPHRASTl et écrit un tract sous le titre de Jésuite, en ce sens que chaque chrétien doit être un vrai Jésuite c'est-à-dire cheminer, vivre, être  demeurer en Jésus, comme quoi les Jésuites lui ont donné semblable récompense que parce qu'il a nommé dans sa réponse au Fama, les frères rosicruciens, les hommes hautement éclairés et les Jésuites impossibles à tromper et que ceux là ne peuvent supporter chose semblable ils l'ont saisi a la tête et forgé sur la galère et eux à cause de cela recevront aussi leur dû. 

 

La céleste aurore va jaillir qui apportera avec ses purs rayons le jour sacré vers lequel de nombreux coeurs pieux ont un désir maladif après la fin de la sombre nuit saturnale, du reflet de la lune ou des maigres étincelles de la Sagesse céleste qui se rencontre encore parmi les hommes avec son éclat bien terni, et qui est un messager du soleil aimable. A la clarté de ce jour tous les trésors célestes. aussi tous les objets invisibles et cachés dans les secrets du monde, pourront être reconnus pour vrais et vus suivant la doctrine des premiers pères et anciens sages. 

 

La, sera le véritable rubis royal, la noble, brillante pierre rouge à propos de laquelle on a enseigné qu'elle donne dans les ténèbres un éclat lumineux, qu'elle est un médicament accompli pour tous les corps. qu'elle transforme les métaux en or pur, qu'elle emporte au loin toutes les maladies, angoisses, peines, mélancolies des hommes. Donc que le lecteur favorable soit sollicité de soupirer avec moi vers Dieu pour que les coeurs et les oreilles de tous les durs de l'ouïe s'ouvrent, qu'il veuille bien leur donner sa bénédiction, qu'ils veuillent le reconnaitre dans sa toute puissance avec une vue merveilleuse de la nature pour sa louange, son honneur et son estime, amour, aide, consolation et force du prochain et rendre la santé à tous les pauvres hommes. Amen.

 

Ici se termine la préface, nous abordons dès lors le Fama lui-mêrne. 

 

 

 

Fama Fraternitatis

Ou Découverte du hautement aimable ordre des R.C.

 

 

Aux chefs, classes et savants en Europe.

 

Nous, frères de la Fraternité des R. C., présentons a chacun, lisant notre Fama d'opinion chrétienne, salut, amour et prière. Après que le Dieu seul sage et généreux eut versé durant les derniers jours sa grâce et sa bonté si large pour pouvoir accomplir une si grande oeuvre. Bien qu'en THEOLOGIA, PHYSICA et MATHEMATICA la vérité s'oppose a l'erreur, cependant le vieil ennemi laisse voir sa malice, sa colère ; grâce a ses rêveurs mécontents, batteurs de campagne il s'oppose a ce cours des événements et le rend haïssable. 

 

Le but d'une réforme générale a été poursuivi pendant un long temps par feu remarquable notre spirituel et hautement éclairé Père Fr. C.R., un Allemand, chef et fondateur de notre Fraternité. A l'âge de cinq ans, sa pauvreté (bien que ses parents fussent nobles) le fit cacher dans un cloitre où il apprit assez bien les deux langues, la grecque et la latine. Il entreprit dans sa jeunesse avec un frère P.A.L. un voyage au Saint-Sépulcre (ses pressantes supplications et prières firent prendre la décision). Bien que ce frère soit mort a Chypre et par suite n'ait pas vu Jérusalem, notre Fr. C.R. ne s'en retourna pas mais s'embarqua pour l'autre côté et se dirigea sur DAMASCUS, voulant ensuite visiter Jérusalem, mais a cause de maladies du corps il s'arrête et grâce aux drogues (auxquelles il n'était pas derneuré étranger) se conserve la faveur des Turcs, entre en rapport avec les Sages de DAMASCO (DAMCAR) en Arabie, connait les miracles accomplis par ces derniers et comment la nature entière leur était dévoilée. Par là, le haut et noble INGENlUM de Fr. C. R.C., est éveillée en sorte que Jérusalem n'occupe plus son esprit autant que Damcar. II ne peut plus contenir son impatience mais se met d'accord avec les Arabes pour qu'ils le mènent a Damcar, moyennant une certaine somme d'argent. Il n'a que seize ans lorsqu'il arrive là-bas mais possède cependant une forte nature germanique. Alors les Sages le reçurent, comme il en témoigne lui-même, non comme un étranger mais comme celui qu'ils avaient attendu longtemps. Ils le nomment par son nom et lui décrivent des particularités de son cloitre ce dont, il ne peut assez s'émerveiller. Là il apprend plus a fond la langue arabe. L'année suivante il traduit en bon latin le livre LlBRUM M pour l'emporter par la suite. C'est l'endroit où il est allé chercher ses connaissances de physique et de mathématique, ce dont le monde aurait pu se réjouir s'il contenait plus d'amour et moins d'envie. Trois ans après il s'en retourne avec autorisation régulière, s'embarque lui-même partant du SINU ARABICO pour l'AEGYPTE où il ne reste pas longtemps mais donne plus d'attention aux plantes et aux créatures. Il traverse toute la MARE MEDlTERRANEUM et arrive vers Fez, ville que les Arabes lui ont désignée. C'est une honte pour nous que ces Sages, si éloignés les uns des autres, soient non seulement d'une seule opinion et adversaires des controverses mais encore si disposés à livrer avec confiance leurs mystères. 

 

Tous les ans les Arabes et les Africains réunissent des députés au sujet des Arts et savoir si quelque chose de mieux n'a pas été découvert ou si l'expérience n'a pas affaibli leurs RATIONES. Ainsi chaque année voit quelque nouveauté qui améliore MATHEMATICA, PHYSICA, MAGIA. Aujourd'hui l'Allemagne ne manque pas de savants MAGIS, CABALISTIS, MEDICIS, PHILOSOPHIS mais on voudrait les faire entre eux meilleurs si presque tous ne voulaient : pas dévorer seuls I'Isatis Tinctoria (la plante dont les feuilles donnent le bleu). A Fez il entre en relations avec les habitants dits Elémentaires (comme on a coutume de les nommer) qui lui révélerent beaucoup de leurs secrets, ensuite comment aussi nous autres Allemands pourrions réunir maintes choses semblables s'il y avait une même unité parmi nous et un désir sérieux de la recherche. A propos de ces Fessaner (les habitants de Fez) il reconnait que leur MAGIA n'est pas tout a fait pure, aussi que leur CABALA est tachée par l'ombre projetée de leur religion. Il n'en sait pas moins faire bon emploi ; trouve un meilleur fondement à sa croyance comme adaptée a l'HARMONIA du monde entier, aussi étonnamment IMPRIMIRT à toutes les PERIODlS SECULORUM. De là découle la belle union ; chaque noyau contient un bon arbre entier ou un fruit ; de même le grand monde total serait contenu dans un homme, dont la religion, police, santé, les membres, la nature, langue, parole, oeuvreront en un même CONO et mélodie avec Dieu, ciel, terre. Ce qui est contraire serait l'erreur, le faux et viendrait du diable qui chercherait seul le début, le milieu, la fin dernière cause de la dissonance, de l'aveuglement, de la noirceur mondiale. Donc qu'on examine un chacun sur la terre, on trouvera que le bien et le vrai est toujours un avec soi-même, que le reste est taché par mille opinions fausses. 

 

Deux années étant écoulées, notre Fr. R.C. quitta FESSAM partit avec beaucoup d'objets précieux pour accoster en HISPANIAM, espérant, puisque ce voyage avait été si fructueux, que les savants en EUROPA se réjouiraient a cause de lui et mettraient leurs STUDIA en harmonie avec ces fondements certains. Il eut a ce sujet des conférences avec les savants d'Espagne, montrant les lacunes de nos arts, comment il faut les aider, où prendre la véritable INDlCIA des prochains SECULORUM, en quoi ils devraient CONCORDIREN avec ceux du passé, les faiblesses de l'ECCLESlAE, comment améliorer toute la PHILOSOPHIA MORALIS. Il leur montra de nouvelles plantes, de nouveaux fruits, de nouveaux animaux qui ne s'accordaient pas avec l'ancienne PHILOSOPHIA, leur donna de nouveaux AXIOMATA pour rétablir toutes choses. Mais tout cela leur paraissait risible ; comme c'était encore nouveau parmi eux ils craignirent que leur grand nom ne fut diminué s'ils se mettaient seulement à étudier, s'ils reconnaissaient leur erreur de plusieurs années à laquelle ils étaient habitués ; elle leur avait suffisamment rapporté. Qui aimetant le tracas, laissez-le être réformé. 

 

D'autres nations lui chantèrent cette même chanson ; cela le toucha d'autant plus qu'il ne s'y était point préparé, étant prêt a communiquer sans restriction ses connaissances aux gens instruits s'ils voulaient se soumettre au labeur suivant : reconnaitre certains infaillibles AXIOMATA hors de toutes les facultés, des sciences, des arts et de toute la nature sachant que semblables a un GLOBO ils se dirigeraient vers l'unique CENTRO et - comme c'est l'usage parmi les Arabes - que cela serve seulement de règle aux savants pour que l'on ait aussi en EUROPA une SOCIETET suffisamment pourvue en or, argent, pierres précieuses pour les partager avec les rois, pour servir leurs acceptables PROPOSITlS et par laquelle les régents seraient amenés à connaitre ce que Dieu a laissé pour être connu de l'homme et en cas de danger puissent étre interrogés (comme les faux dieux des païens). En vérité nous devons reconnaitre que le monde était alors déjà gros de toutes ces grandes commotions, possédé par le travail de l'enfantement ; il avait aussi apporté des héros célèbres qui percèrent de toute leur force a travers l'obscurité et la barbarie et nous laissèrent nous autres faibles pour les suivre. Ils furent certes la pointe IN TRIGONO IGNEO dont la flamme doit à présent éclairer plus clair et certainement allumera dans le monde le dernier feu. Par sa vocation, Theophrastus était un être semblable bien qu'il ne soit pas entré dans notre fraternité mais pourtant il lut avec assiduité le LlBRUM M, alluma ainsi son aigu INGENIUM mais la multitude des savants et faux sages a empêche cet homme dans sa meilleure course de discuter pacifiquement avec d'autres sur ses vues de la nature. C'est pourquoi dans ses écrits il s'est moqué d'eux plutôt que de se laisser voir complètement. Cependant on trouve en entier chez lui l'HARMONIA visée; il l'aurait sans aucun doute communiquée aux savants s'il les avait tenu pour méritant une plus grande connaissance plutôt que des vexations subtiles. Ainsi ensuite il perdit son temps, vivant une vie libre et sans ménagements, laissant au monde sa folle joie. 

 

Mais n'oublions pas notre cher père Fr. C.R. ; après beaucoup de pénibles voyages, avec ses véridiques informations mal accueillies, il revint en Allemagne, pays qu'il aimait de tout cœur (à cause des transformations prochaines ; des combats merveilleux et dangereux). Là il aurait pu se pavaner grâce à sa science, spécialement DE TRANSMUTATIONE METALLORUM ; il plaçait bien plus haut que toute pompe le ciel et l'homrne, son citoyen. Cependant il construisit une habitation pratique et propre où il rumina ses voyages avec sa PHILOSOPHIA et en fit un certain MEMORIAL. Dans cette maison il passa un long temps avec la mathématique et fabriqua maint bel instrument EX OMNIBUS HUIUS ARTIS PARTIBUS. De tout cela il nous est resté que peu de choses comme on le comprendra bientôt. 

 

Cinq ans après, la réforme désirée lui revint à l'esprit; il renonçait à l'aide et au soutien des autres, mais à côté de cela il était de sa personne travailleur, diligent et non irritable, aussi il entreprit de tenter la méême chose avec quelques adjudants et collaborateurs. Pour cela il voulait tirer hors de son premier cloitre (auquel il portait une affection spéciale) trois de ses confrères Fr. G.V., Fr. I.A., Fr. I.O., comme ayant vu dans les arts un peu plus qu'il n'était commun alors. Il unit au plus haut point sous ces ordres ces trois pour qu'ils soient fidèles  assidus, empressés, sobres de paroles, aussi pour qu'ils mettent sur le papier avec la plus grande application les directives qu'il leur donnerait pour qu'à l'avenir ceux qui seraient admis grâce à une révélation spéciale ne soient pas trompés par une seule syllabe ou une seule lettre.

 

Ainsi la fraternité de la R.C. commença tout d'abord seulement entre quatre personnes. Par ceux-là fut créé la langue et l'écriture magique avec un VOCABULARIO étendu que nous autres aujourd'hui employons encore pour l'honneur et la gloire de Dieu. Ils firent également la première partie du livre M mais, comme le travail devenait trop considérable pour eux, qu'un incroyable concours de malades les distrayait, que le nouveau bâtiment appelé SANCTI SPIRITUS était achevé, ils décidèrent d'attirer encore d'autres dans leur compagnonnage et fraternité. Pour cela furent choisis Fr. R.C., fils du frère de son père mort ; Fr. B., un peintre habile ; G.G. et P.D., leurs secrétaires, tous Allemands, excepté I.A., en tout donc huit, tous d'un rang convenable et fiancés a la virginité. Pour ceux-ci fut assemblé dans un VOLUMEN tout ce que l'homme peut souhaiter, désirer ou espérer.

 

Nous reconnaissons bien maintenant volontiers que dans l'espace de cent années le monde s'est très amélioré ; soyons cependant assurés que nos AXIOMATA resteront inchangés jusqu'au jour du Jugement dernier et le monde n'assistera à rien de semblable dans son âge noble et dernier. Ensuite nos ROTAE commencent au jour où Dieu dit FIAT et se termineront lorsqu'il dira PEREAT ; pourtant l'horloge de Dieu sonne pour chaque minute alors que la nôtre le fait à peine pour les heures. Nous croyons aussi fermement que si nos pères et frères avaient vécu notre pure lumière ils auraient mieux agrippé le Pape, Mahomet, scribes, artistes, sophistes et traduit leur nature, riche en ressources, autrement qu'en soupirs et voeux destructeurs. 

 

Lorsque ces huit frères eurent tout arrangé de telle sorte qu'aucun travail spécial ne fut plus nécessaire qu'aussi chacun d'entre eux posséda un DISCURS parfait sur la philosophie ésotérique et exotérique, ils ne voulurent pas demeurer plus longtemps ensemble. Mais, comme ils l'avaient décidé des le début, ils se partagèrent entre tous les pays afin que non seulement leurs AXIOMATA soient en secret examinés de plus près par les savants mais aussi afin qu'ils se renseignent entre eux au sujet des connaissances ou des erreurs des divers pays. 

 

Leurs dispositions furent les suivantes :

I - Ils doivent avoir une seule profession : soigner les malades et cela gratis.

II - Leur fraternité ne doit pas les obliger a porter un habit spécial mais ils doivent obéir à la coutume.
III - Les frères doivent se réunir au jour C. à S. Spiritus ou faire counaitre la cause de leur absence.

IV - Chaque frère doit s'assurer d'une personne convenable qui puisse lui succéder à l'occasion.
V - Le mot R. C. sera leur sceau, mot de passe, caractère.

VI - La fraternité restera secrète cent ans.

 

Par les six articles ils se fiancèrent les uns aux autres. Cinq frères partirent. Seuls les frères B. et D. restèrent un an avec le père Fr. R.C. Lorsque ceux-ci partirent à leur tour son cousin et Fr. I.O. demeura avec celui-ci pour que durant toute sa vie il ait deux de ses frères avec lui. Et bien que l'Eglise ne fut pas alors nettoyée, nous savons pourtant ce qu'ils pensaient à son sujet et ce qu'ils désiraient ardemment. Chaque année ils se réunissaient avec joie, faisant un rapport complet. On devait entendre avec amour exposer sans fard toutes les merveilles que Dieu a semées ça et là dans le monde. On peut tenir pour certain que ces personnes, dirigées par Dieu et toute la céleste Machina, choisies parmi les hommes les plus sages de nombreux SECULlS ont vécu entre elles et avec les autres dans la plus haute union, le plus grand mutisme, la bienfaisance extreme. 

 

Leur vie s'écoula ainsi en voyages bienfaisants. Bien que leurs corps fussent libérés de toute maladie et douleur, les âmes ne pouvaient franchir le point déterminé pour la libération. Le premier qui mourut fut I.O. Cela se passa en Angleterre comme Fr. C. le lui avait dit longtemps avant. Il connaissait bien la CABALA comme son petit livre appelé H le prouve. En Angleterre on parle aussi beaueoup de lui surtout parce qu'il délivra de la lèpre un jeune comte de Norfolk.

 

Ils avaient décidé que leurs enterrements resteraient autant que possible cachés. Aujourd'hui nous ignorons ce qu'il est advenu de certains d'entre eux bien qu'un SUCCESSORE capable les ait remplacé. Nous voulons rendre public par les présentes, à la Gloire de Dieu, le fait suivant : malgré ce que nous avons appris secrètement dans le livre M (comme nous avions les yeux sur I'IMAGINEM du monde entier et sa CONTRAFACTUR) nous ne connaissons ni nos malheurs ni la petite heure de notre mort que le Dieu Grand a conservée pour lui, nous ayant constamment prêt  Des choses plus complètes là-dessus dans notre confession où nous montrons aussi trente-sept raisons d'ouvrir notre fraternité, proposons librement, sans contrainte , sans récompenses de tels hauts MYSTERIA, aussi promettons plus d'or que le roi en Espagne en fait apporter des deux Indes ; alors EUROPA est enceinte et mettra au monde un puissant enfant qui devra avoir beaucoup d'argent (de ses parrains). 

 


Après la mort de Fr. O., le Fr. R.C. ne reste pas mais, des qu'il le peut, appelle les autres et, comme nous le pensons, son tombeau fut seulement fait alors. Bien que nous autres (les plus jeunes) n'ayons pas su jusqu'alors quand notre cher père R. C. est mort et n'ayons pas autre chose que les simples noms des commençants et de tous les successeurs jusqu'à nous, nous pouvions cependant encore nous souvenir d'une particularité qu'ainsi nous confia A le SUCCESSOR de D (qui était le dernier de l'autre ronde et avait vécu parmi beaucoup d'entre nous) à travers des discours cachés des cent années à nous de la troisième ronde ; d'autre part nous devons reconnaitre qu'après la mort de A aucun d'entre nous ne savait la moindre chose concernant Fr. R.C. et ses premiers confrères en dehors de ce qui était exposé dans notre BIBLIOTHECA philosophique ; parmi ces ouvrages notre AXIOMATA est tenu pour le premier, ROTAE MUNDI pour le plus artificiel et PROTHEUS pour le plus utile ; nous ne savons donc pas sûrement si ceux des autres rondes ont eu la même sagesse que ceux de la première et s'ils ont été admis a tout.

 

Mais il doit être rappelé une fois encore au généreux lecteur que nous faisons connaitre non seulement ce que nous avons appris de l'enterrement du Fr. R.C., mais aussi que nous publions par les présentes,  aidé de Dieu, autorisé par lui et INIUNGlRET - nous lui obéissons avec fidélité - que là où l'on nous accueillera avec modestie, suivant les coutumes chrétiennes, nous n'aurons aucune honte a faire connaitre ouvertement notre nom de baptème et notre surnom, nos réunions et toutes choses semblables pouvant être désirées de nous. 

 

Eh bien voici la vérité et relation complète de la découverte du hautement illuminé homme de Dieu Fr. C.R.C. A. étant mort en GALLIA NARBONENSI, notre cher frère N.N. le remplaça. Celui-ci après s'être installé parmi nous et avoir dû SOLEMNE FIDEI ET SlLENTIJ LUTAMENTUM PRAESTIREN, il nous fit savoir en particulier ce qui suit. A. l'aurait consolé et lui aurait dit que cette fraternité ne serait bientôt plus si cachée mais au contraire serait utile, nécessaire au bien et à la gloire de la commune patrie des nations allemandes, ce qui ne lui faisait pas honte. L'année suivante, il avait terminé son étude, étant muni d'un si puissant VIATICO ou sac FORTUNATUS pour voyager qu'il pensa (étant un bon architecte) transformer ce bâtiment et le rendre plus commode. Etant dans cette RENOUATUR, il arriva jusqu'à la table de mémoire coulée en cuivre jaune qui contenait le nom de chaque membre de la fraternité avec quelques autres. Il voulut les transférer sous une voûte mieux adaptée. Où et quand était mort Fr. R.C. et dans quel pays il était enterré fut conservé par les anciens et nous resta inconnu. Sur ce tableau était un clou un peu gros ; lorsqu'il était tiré avec force il entrainait avec lui une pierre de la mince paroi ou Incrustation et découvrait d'une manière inattendue la porte cachée. Nous jettâmes bas avec joie et désir le reste du mur, nous nettoyâmss la porte sur laquelle était écrit en grosses lettres :

 

Post CXX. Annos Patebo. 

 

avec en-dessous le vieux chiffre de l'année. Nous remerciâmes Dieu et nous laissâmes tout pour ce soir-là (car nous voulions d'abord consulter notre Rota). Mais nous nous en référons à la confession car pour ce qui est divulgué ici cela profitera à ceux qui en sont dignes ; les indignes, si Dieu le veut, y trouveront peu de profit. Comme notre porte, après tant d'années s'est ouverte, ainsi une porte doit être ouverte à EUROPAE (quand le mur aura été enlevé) qui se laisse déjà voir et cela n'est pas attendu par peu de gens avec désir.


Au matin nous ouvrîmes la porte, nous trouvâmes une voûte avec sept côtés et angles, chaque côté de cinq souliers, la hauteur de huit souliers. Bien que le soleil ne l'ait jamais éclairée, elle brille pourtant à cause d'un autre soleil qui a appris cela du soleil et se tient en haut au CENTRO. Au milieu  au lieu d'une pierre tombale, il y avait un autel circulaire recouvert d'une petite feuille de cuivre jaune sur laquelle était cette inscription :

 

A. C. R. C. Hoc universi compendium ninus mihi sepulchrum feci.

 

Il y avait autour du premier cercle au bord :

 

Jesus mihi omnia.

 

Au milieu il y avait quatre figures enfermées dans le cercle avec les inscriptions :

 

1. Nequaquam Vacuum (le vide n'existe pas).

2. Legis Iugum (joug de la Loi). 

3. Libertas Evangelij (liberté de l'Evangile). <