Photoglyphe, l'écriture de lumière

17 May 2019

 

  Depuis l'aube des temps, les hommes sont en contact avec le surnaturel et la question de son existence, jadis, ne se posait pas, son existence était une évidence. Aujourd'hui, époque où tout est remis en question, le surnaturel tend à être réduit à des phénomènes physiques et purement rationnel. Ainsi, nous vivons dans une société qui observe l'immensité par une fenêtre et qui conçoit l'univers à travers cette fente. De par cette attitude, l'homme s'est débarrassé de Dieu, des dieux, des êtres de la Nature et de tout l'arrière-monde, comme disait Nietzsche, afin de voir le réel tel qu'il est. Nous voilà seuls et isolés au pays sans merveille et dans lequel chaque parcelle de matière a été décomposée afin de mieux la scruter. Tel est le mot phare de notre société : la décomposition. 

 

  L'homme moderne vit dans un monde sans âme, lui-même se regarde sans âme puisque les activités psychiques se réduisent à des activités neuronales, donc matérielles, et dans cette platitude fantomatique qui ressemble à la vie, nous respirons mécaniquement telle une pièce mécanique alimentée par un combustible à durée limitée. Le triste état du monde est à notre image. Il n'y a plus de sujet parce que tout est objectivable, y compris ma propre existence : je suis l'objet de ma propre vie. Cette croyance à l'objectivité de la matière, de la vie et de l'existence même provoque des catastrophes irrémédiables. En effet, de par cette pensée abstraite et objectivée des phénomènes du monde, l'homme a exploité la Nature et les êtres vivants, dont les hommes, comme des objets sans âmes.

 

 Aujourd'hui, l'arrière-monde rejaillit à travers la fente laissée par la rationalité puisque nous sommes en train de redécouvrir qu'il existe bel et bien d'autres dimensions d'existences. La matière a été dématérialisée, la conscience a été délocalisée et la vie s'explique par un système cyclique plutôt qu'à travers un système linéaire unidimensionnel. Des "chamans" apparaissent ici et là et dont l'attrait principal se joue dans un rapport d'élection par des êtres surnaturels. Ces "médiums", dans le sens de personnes intermédiaires entre Terre et Ciel, touchés du doigt par le Ciel nous informent que l'arrière-monde cherche à entrer en contact avec nous, et ce par de multiples moyens. Parmi ces "ambassadeurs célestes", beaucoup ne se dévoilent pas et préfèrent rester anonyme, tel est le cas de notre interlocuteur dont le nom céleste est Kırmızı Kurt. Lorsque nous parlons de chamans, il faut l'entendre comme une aptitude innée chez l'espèce humaine à découvrir le sacré et le surnaturel, et non comme un néo-chamanisme comme il est courant de le voir aujourd'hui.   

 

  Kırmızı Kurt est un observateur du monde, c'est un homme très social mais un élan sauvage l'habite car l'appel du loup résonne en lui. Un jour, il me fit part de son regard sur le monde invisible, ou plutôt sur ce que l'on lui faisait voir. Il s'agissait de photos prisent par lui-même. Il remarqua qu'une empreinte se faisait sentir à travers un jeu de lumière, et ce même jeu résonnait avec son état d'esprit du moment de la prise, mais aussi sur la texture sur laquelle ce jeu photographique s'inscrivait, ainsi que sur l'environnement de la prise. Ces êtres surnaturels utilisent la synchronicité comme moyen d'entrer en contact avec lui, nous allons le voir. Tels les hiéroglyphes, cette écriture de lumière portait un message, à lui-même d'abord, puis aux autres par la suite. Kırmızı Kurt nomma cette écriture de lumière "photoglyphe", soit "signe-dessin de lumière". Tout comme le signe, cette écriture est un appel portant sur plusieurs niveaux de compréhension, la compréhension du signe changeant en fonction de l'observateur. Nulle exclusion de compréhension du signe puisqu'il y a une stratification de pénétration du signe lui-même, nous sommes dans une verticalité.


  La première photo en tête de page est significative de cette approche. Nous pouvons remarquer sur cette photo des parallèles avec certains esprits de la Nature, spécialement ceux des aborigènes d'Australie connue sous le nom de Wandjina. Les Wandjina sont des esprits ancestraux de la mythologie des aborigènes du Kimberley, au Nord-Ouest de l'Australie, pour lesquels ils jouent un rôle de personnages créateurs et civilisateurs. Les Wandjina seraient à l'origine de l'Australie, de ses êtres vivants et de ses paysages, mais également l'organisation sociale et les lois de ces tribus seraient basées sur leurs enseignements. Les Wandjina peuvent également apparaître en tant qu'esprits contrôlant les éléments météorologiques et ils seraient responsables de la mousson. Ils sont les gardiens des eaux célestes. Ceci nous permet de rentrer de plein pieds dans le Tjukurpa, le "Temps des rêves", celui des êtres surnaturels et dont la nature se lie à notre conscience onirique. C'est la raison pour laquelle une expérience de conscience modifiée s'approche en fait du Tjukurpa puisque l'état de la personne consonne avec un état onirique. Un chaman est celui qui se rend capable d'accomplir un rêve éveillé et qui a pleinement conscience de la réalité de ce monde onirique. Il pénètre dans une aire où les Ancêtres, les défunts, les esprits de la Nature et les lois qui régissent l'univers se diffusent à travers l'ensemble des éléments de l'univers et forment la couche sous-jacente à notre réalité de tous les jours. C'est pourquoi, l'état de conscience modifiée est une réintégration à un état de conscience sous-jacent à notre conscience de veille, c'est-à-dire qu'il y a activation de la conscience de rêve et onirique à l'état de veille. C'est donc un rêve éveillé.  

 

1. Wandjina

 

  
  La compréhension d'un signe observé diffère d'une personne à l'autre du fait que nous portons notre attention sur ce qui nous attire, et en deuxième partie sur la stratification de la conscience humaine. Selon l'état d'esprit de l'observateur, un signe attire une personne sur une particularité du signifiant observé plutôt qu'une autre, c'est ainsi que chacun porte son attention sur ce qu'il l'attire. Une conscience plus attentive percevra plus amplement toutes ces particularités, au premier abord qui s'exclut mutuellement, et il pourra embrasser d'un seul regard le signe dans une vison d'ensemble. C'est ainsi qu'une particularité d'un signe n'exc