Mythologie Celte - Le voyage de Bran

 

 

Le voyage de saint Brendan illustré par un manuscrit allemand du xve siècle.

 

 

Ce texte mythologique irlandais expose une attache très profonde au symbolisme et à une vision poétique du monde. Il s'agit d'un voyage vers l'Autre rive d'un personnage nommé Bran dont un chant féérique animera son désir de rejoindre une terre paradisiaque, une terre aux splendeurs inégalées. 

 

Traduction française de Georges Dottin, dans L'Epopée irlandaise (Paris, sans date). 

 

Cinquante quatrains chanta la femme des pays inconnus, au milieu de la maison, à Bran fils de Fébal, quand le palais était plein de rois qui ne savaient d'où était venue la femme, puisque l'enceinte était fermée. 

 

Voici le commencement de l'histoire. Un jour, dans le voisinage de la forteresse, Bran se promenait seul quand il entendit de la musique derrière lui. Quand il regardait derrière lui, c'était derrière lui encore qu'était la musique. Il tomba endormi, tant la musique était douce. Quand il s'éveilla de son sommeil, il vit près de lui une branche d'argent avec des fleurs blanches qu'il n'était pas aisé de distinguer de cette branche. Alors Bran emporta la branche dans sa main jusqu'au palais. Quand l'assemblée fut nombreuse dans le palais, on vit une femme en vêtements étrangers au milieu de la demeure. Alors elle chanta les cinquante quatrains à Bran, tandis que l'armée l'écoutait et que tous la voyaient: 

 

Voici une branche du pommier d'Emain 

que je t'apporte, pareille aux autres; 

des rameaux d'argent blanc sont sur elle, 

des sourcils de cristal avec des fleurs. 

 

Il y a une île lointaine; 

alentour les chevaux de la mer brillent, 

belle course contre les vagues écumantes; 

quatre pieds la supportent. 

 

Charme des yeux, glorieuse étendue 

est la plaine sur laquelle les armées jouent; 

la barque lutte contre le char, 

dans la plaine méridionale de l'Argent Blanc. 

 

Des pieds de bronze blanc la supportent, 

brillant à travers les siècles de beauté; 

jolie terre à travers les siècles du monde, 

où se répandent maintes fleurs. 

 

Un vieil arbre est là avec les fleurs, 

sur lequel les oiseaux appellent aux heures; 

en harmonie ils ont l'habitude 

d'appeler ensemble à chaque heure. 

 

Des splendeurs de toute couleur brillent 

à travers les plaines aux jolies voix; 

la joie est habituelle; on se range autour de la musique, 

dans la plaine méridionale de la Nuée d'argent. 

 

Inconnue la plainte ou la traîtrise 

dans la terre cultivée bien connue; 

il n'y a rien de grossier ni de rude, 

mais une douce musique qui frappe l'oreille. 

 

Ni chagrin, ni deuil, ni mort, 

ni maladie, ni faiblesse 

voilà le signe d'Emain; 

rare est une pareille merveille. 

 

Beauté d'une terre merveilleuse, 

dont les aspects sont aimables, 

dont la vue est une belle contrée, 

incomparable en est la brume. 

 

Si l'on voit la Terre de Bonté, 

sur laquelle les pierres de dragons et les cristaux pleuvent; 

la mer jette la vague contre la terre, 

poils de cristal de sa crinière. 

 

Des richesses, des trésors de toute couleur 

sont dans la Terre calme, fraîche beauté, 

qui écoute la douce musique 

en buvant le meilleur vin. 

 

Des chariots d'or dans la Plaine de la Mer, 

s'élevant avec le flot vers le soleil, 

des chariots d'argent dans la Plaine des Jeux 

et des chariots de bronze sans défaut. 

 

Des coursiers d'or jaune sont là sur la rive: 

d'autres coursiers, de couleur pourpre; 

d'autres, avec de la laine sur leur dos, 

de la couleur du ciel tout bleu. 


Au lever du soleil viendra 

un bel homme illuminant les plaines; 

il chevauche l'étendue battue des flots; 

il remue la mer jusqu'à ce qu'elle soit du sang. 


Une armée viendra à travers la mer claire; 

vers la terre ils naviguent; 

puis ils rament jusqu'à la pierre en vue, 

d'où s'élèvent cent refrains. 


On chante un refrain à l'armée 

(à travers les longs siècles), qui n'est pas misérable; 

sa musique s'enfle des choeurs de centaines, 

qui n'attendent ni déclin ni mort. 


Emain multiforme en face de la mer, 

qu'elle soit proche, qu'elle soit loin, 

où sont des milliers de femmes bigarrées. 

que la mer claire encercle. 


Quand il a entendu le son de la musique, 

le choeur des petits oiseaux de la Très calme Terre, 

un groupe de femmes, vient de la colline 

à la Plaine des Jeux où il est. 


Là vient le bonheur avec la santé 

à la terre où résonnent les rires, 

dans la Très calme Terre, en toute saison 

viendra la joie qui dure toujours. 


C'est un jour d'éternel beau temps, 

qui verse de l'argent sur les terres; 

une falaise blanche bordant la mer, 

qui reçoit du soleil sa chaleur. 


Course de l'armée le long de la Plaine des jeux; 

jeu charmant, sans faiblesse; 

dans la terre variée, après tant de beautés, 

ils n'attendent ni déclin ni mort. 


Écouter la musique la nuit 

et venir à la terre aux nombreuses couleurs 

pays varié, splendeur sur un diadème de beauté, 

d'où brille la nuée blanche. 


Il y a trois fois cinquante îles lointaines, 

dans l'Océan à l'ouest de nous; 

plus grande qu'Erin deux fois 

est chacune d'elles, ou trois fois. 


Une grande naissance arrivera après des siècles, 

qui ne sera pas dans les grandeurs: 

le fils d'une femme dont le mari ne sera pas connu; 

il aura la royauté sur des milliers d'hommes. 


Royauté sans commencement, sans fin; 

il a créé le monde parfaitement, 

à lui sont la terre et la mer; 

malheur à qui encourra sa disgrâce! 


C'est lui qui a fait les cieux. 

Heureux celui qui a le coeur pur; 

il purifiera les peuples sous l'eau pure; 

c'est lui qui guérira vos maux. 


Ce n'est pas pour vous tous qu'est mon discours, 

bien que cette grande merveille soit connue; 

que Bran, parmi la foule du monde, écoute 

la part de science qui lui est communiquée ! 


Ne tombe pas sur un lit de paresse; 

que l'ivresse ne te vainque pas! 

commence un voyage à travers la mer claire 

pour voir si tu atteindras la Terre des femmes. 

 

Là-dessus, la femme s'éloigna d'eux et ils ne surent pas où elle était allée. Et avec elle elle avait emporté sa branche. La branche avait sauté des mains de Bran dans les mains de la femme et la main de Bran n'avait pas eu la force de retenir la branche. 

 

Le lendemain, Bran partit sur la mer. Sa compagnie était de trois neuvaines d'hommes. Un de ses frères nourriciers ou de