Mythologie Scandinave - La Völuspá

7 Mar 2020

 

 

Codex Regius [R] or Konungsbók, The King's Book  [K]

Völuspá strophe 1 à 15

 

La Völuspá, "Prédiction de la voyante" ou "Dit de la voyante" est un chant scandé par une poétesse-devineresse, la völva, dont la teneur évoque les premiers temps du monde et sa fin. La völva explique alors, lors de visions, l'histoire des dieux et des hommes depuis l'origine du monde jusqu'à son effondrement, le Ragnarök, qui verra l'avènement d'une terre nouvelle.

 

1. Silence je réclame de tous les êtres sacrés, humbles et grands,

Enfants de Heimdall.

Selon ta volonté, Valfadr, je proclamerai 

Les antiques traditions des hommes,

Les plus anciennes dont je me souvienne.

 

2. Je me rappelle les géants de ces temps primordiaux

Qui me donnèrent naissance autrefois :

Je me rappelle les neufs mondes, neuf étendues immenses,

Et le Glorieux Arbre du Monde

Profondément planté en terre.

 

3. Au commencement des siècles, quand Ymir s'établit,

Il n'y avait rien, ni sable, ni mer, ni froides ondes ;

De terre point n'y avait, ni de ciel au-dessus,

Seul le vide béant et d'herbe nulle part.

 

4. Et puis les fils de Burr haussèrent la terre ferme,

Eux qui créèrent la Glorieuse Midgard,

Sol brilla du sud sur les dalles de la salle,

Alors la terre fit croître le vert poireau.

 

5. Sol du sud, compagne de Mâni,

Etendit son bras droit vers le rebord du ciel ;

Sol ne savait où se trouvait sa demeure, 

Mani ignorait quelle puissance il avait, 

Les étoiles ne connaissaient pas leur place.

 

6. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement, 

Les divinités suprêmes se consultèrent ;

A la nuit et à la nouvelle lune, ils donnèrent un nom,

Ils nommèrent le matin, le midi, la fraîche et la brune,

Et comptèrent le temps par années.
 

7. Les Ases s'assemblèrent dans la plaine d'Idi

Erigèrent tertres et temples, y placèrent une forge,

Forgèrent des bijoux, façonnèrent des tenailles,

Fabriquèrent des outils. 


8. Joyeux, ils jouèrent aux tables dans l'enceinte, 

Rien ne manquait en fait d'or ;

Jusqu'au jour où vinrent trois jeunes filles géantes

Toutes puissantes, de Jötunheim.

 

9. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement, 

Les divinités suprêmes se consultèrent

Pour savoir qui donnerait forme au peuple des nains,

Issu du sang de Brimir et des os de Blain. 
 

10. Etaient présents Modsognir, devenu le plus grand de tous les nains,

Et Durinn, le second ; ils façonnèrent un grand nombre

D'êtres à forme humaine, les nains dans la terre,

Comme Durinn le prescrivit.
 

11. Nýi et Nidi, Nordri et Sudri,

Austri et Vestri, Althjóf, Dvalinn,

Nár et Náinn, Níping, Dáinn,

Bívurr, Bávurr, Bömburr, Nóri,

Ánn et Ónarr, Ái, Mjódvitnir.


12. Vigg et Gandalf, Vindalf, Thraínn,

Thekk et Thórinn, Thrór, Vitr, Litr,

Nýr et Nýrá ; voici les nains

Reginn et Rádsvinn- Justement dénombrés.

 

13. Fíli, Kíli, Fundinn, Nali

Heptifíli, Hannar, Svíurr,

Frár, Hornbori ; Fraegr et Lóni,

Aurvangr, Jari, Eikinskjaldi.

 

14. Il est temps d'énumérer aux humains

La lignée des nains de Dvalinn

Qui de Lofar descend

Eux qui allèrent à Jöruvellir et à Aurvangar

Depuis leurs gîtes sous la pierre.

 

15. S'y trouvaient Draupnir et Dolgthrasir,

Hár, Haugspori, Hlévang, Glóinn,

Dóri, Óri, Dúf, Andvari,

Heptifili, Har, Sviar.

Skirfir, Virfir, Skáfid, Ái,

 

16. Alf et Yngvi, Eikinskjaldi,

Fjalar, Frosti, Finn et Ginnar

Toujours remonteront, tant que les hommes s'en souviendront,

Les générations jusqu'à Lofar.

 

17. Alors trois Ases sortirent de la troupe,

Puissants et bienveillants : revenant à la demeure des dieux.

Ils trouvèrent sur la terre, sans force, sans destinée

Ask et Embla.

 

18. Ils n'avaient ni souffle, ni sens, ni sang, ni voix,

Ni couleurs de la vie.

Odin leur donna l'esprit, Hœnir leur donna le sens,

Lódur donna le sang et les couleurs de la vie.

 

19. Je sais que se dresse le frêne qu'on nomme Yggdrasil,

L'arbre élevé, aspergé de blanche boue :

De là vient la rosée tombant dans les vallées, 

Toujours vert, il s'élève au dessus du Puits d'Urdr.

 

20. Là résident les vierges, savantes en maintes choses,

Trois, issues du lac situé sous l'arbre.

L'une s'appelle Urdr, l'autre, Verdandi, 

Elles gravaient le bois, et Skuld la troisième.

Elles édictèrent les lois, elles fixèrent la vie

Des fils des hommes et la destinée des mortels.

 

21. Elle se rappelle la première guerre du monde

Lorsqu'ils percèrent Gullveig de lances

Et la brûlèrent dans la halle de Har

Trois fois la brûlèrent, trois fois elle naquit à nouveau,

 Brûlée encore, elle vit toujours.

 

22. On l'appelait Heidur, quelque maison qu'elle visitât,

La Völva, habile prophétesse, maniant aisément la baguette ;

Elle pratiquait la magie autant qu'elle pouvait,

Ensorcelait les esprits charmés,

Par les mauvaises femmes toujours bien accueillie.


23. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement, 

Les divinités suprêmes se consultèrent :

Les Ases paieraient-il le tribut,

Ou tous les dieux recevraient-il offrande ?

 

24. Odin jeta sa lance sur le peuple, 

Et ce fut la première bataille du monde ;

L'enceinte de la forteresse des Ases fut rompue,

Les Vanes restèrent vainqueurs du champ de bataille.

 

25. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement,

Les divinités suprêmes se consultèrent :

Qui avait empli l'air de venin

Et promis aux géants l'épouse d'Odr ?
 

26. Seul Thor combattit, gonflé de colère

-Il reste rarement assis quand il apprend de telles choses-

Rompues furent les promesses, brisés les vœux et les serments,

Les solennels accords conclus entre eux.


27. Elle sait aussi que le cor de Heimdall

Est caché sous l'arbre sacré, familier du ciel clair ;

Il est éclaboussé par la cascade boueuse du gage de Valfadr.

En savez-vous d'avantage ? Ou quoi ?

 

28. Elle était assise dehors, solitaire, quand arriva l'Ancien, 

L'Ase très farouche, et le regarda dans les yeux :

''Que me demandes-tu ? Pourquoi me mettre à l'épreuve ?

Je sais fort bien, Odin, où tu as caché ton œil, 

Dans le puits de Mimir. Mimir boit l'hydromel,

Chaque matin, dans le gage de Valfadr.''

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?

 

29. Mais le Père des guerriers lui donna anneaux et colliers,

Lui fit don de sagesse, clairvoyance et art de la magie ;

Elle voit toujours plus loin dans l'étendue des mondes.
 

30. Elle vit les Valkyries arriver de loin,