Voir, percevoir, comprendre. Vers un univers de sens

7 May 2020

 

 

1/ Stéréogramme

Image fixe qui semble bouger au regard

 

Exercice : fixé les deux points au-dessus de l'image durant 1 minute

puis observer l'image par la suite.

 

Perceptions

 

  Nous avons  deux yeux séparés par une distance d’environ six à sept centimètres. Ces deux yeux ne perçoivent pas exactement la même image que nous regardons. Chacun de nos yeux transmet des informations légèrement différentes aux régions de notre cortex visuel. Pourtant, nous ne percevons pas deux images mais une seule, et c’est dans d’autres régions du cortex que les informations de nos deux yeux sont recomposées en une seule image. Notre vision binoculaire, le fait de perce-voir l’Univers simultanément par l’intermédiaire de nos deux yeux, fait émerger dans notre conscience une épaisseur du réel, des niveaux dimensionnels que la perception à partir d’un seul œil ne peut nous révéler. Ce que nous percevons consciemment ne correspond pas simplement à la somme que nos yeux envoient à notre cerveau. La vision binoculaire fait naître en nous la sensation de relief, la sensation de perce-voir le monde en trois dimensions. Les illusions d’optique ou la perspective en peinture sont rendues possibles grâce à notre perception binoculaire. Présenter deux images différentes pour chaque œil séparé par une cloison va créer une altération des deux images sans qu’elles ne fusionnent. Cette découverte fit la gloire des stéréogrammes, une image ou information cachée que la vision stéréoscopique (celle qui reproduit la vision binoculaire) ne peut perce-voir. La vision stéréo est une superposition de deux images similaires mais pas identiques, créant une image fusionnée donnant la sensation de solidité et de profondeur. Dans le cerveau humain, la vision binoculaire forme une image tridimensionnelle en faisant coïncider chaque point (ou ensemble de points) perçu par un œil avec le point correspondant (ou ensemble de points) perçu par l’autre œil.

 

Qu’est-ce que percevoir pour le vivant ?

 

  Selon la position des deux yeux sur l’animal, il ne perçoit pas le même monde extérieur. Il y en a qui le perçoivent plat et sans profondeur. Décidément, la nature du 

réel nous échappe encore et encore. Pas tout à fait ! En physique, la matière est paradoxalement immatérielle, elle n’a pas de masse, pas d’étendue et son origine même se situe par-delà l'espace-temps. L’Univers vibre et change d’organisation selon notre état d’être, et notre constitution biologique. Perce-voir, c’est avoir des sensations. L’organisme humain est le résultat d’une co-évolution avec son environnement et donc sa perception ne peut qu’estimer ce pourquoi son organisme est apparu.

 

  Les stéréogrammes nous apprennent que ce que l’on perçoit n’est que le résultat d’une élaboration de notre cerveau qui dépend de la position faciale des yeux (binoculaire pour les hommes). Afin qu’une image plane puisse faire ressortir une image sous-jacente en relief, c’est-à- dire en trois dimensions, il faut pour cela une position particulière des yeux. Selon cette position oculaire, le relief de l’Univers émerge plus ou moins clairement. À travers le processus évolutif, chaque organisme vivant possède ses propres acuités de perception, si bien que la vision de l’Univers dépend entièrement du positionnement des globes oculaires. Mais, puisque nous sommes capables par des exercices de perce-voir l’image cachée, c’est donc que notre façon de regarder l’Univers influe beaucoup sur la construction consciente de celle-ci. Notre façon de regarder crée les différences. De même, en physique, l’espace dans ses trois dimensions de hauteur, largeur et longueur, les formes qui y apparaissent sont des constructions de la conscience. La façon de regarder les choses est une concentration sur des points donnés faisant jaillir une image. Changeons les points et voilà que jaillit une autre image. On comprend alors pourquoi les physiciens parlent d’un Univers informe, autrement dit, le Cosmos organisé est dû à une conscience qui regarde à travers une bande de fréquences qui stabilise les images. De cette analyse, nous pouvons dégager deux points importants: 

 

a/ La matière est une sorte de « soupe photonique » dont la conscience agence l'information, les données perçues dépendent entièrement de la constitution biologique et psychologique de la personne qui observe l'image en question.

 

b/ L’information est le sens que l’on reconnaît, ce par quoi nous sommes organisés 

biologiquement, et ceci nous donne la possibilité de lire le champ informationnel 

de l'Univers d’une certaine façon, celle pour laquelle nous sommes structurés. 

 

  Le physicien Satoshi Watanabe, par son théorème du « vilain petit canard » nous dit que la capacité à discriminer des objets ne relève pas d’un monde posé là objectivement, mais relève d’une subjectivité entière. Pour perce-voir des objets, il faut en avoir au préalable une image déjà présente en nous. Chaque être dans l’Univers possède sa « grille » de lecture sur laquelle l’organisme se construit. Conséquemment, l'être qui vit au sein d'un environnement co-évolue avec lui et ne s'adapte pas à lui comme un objet qui s'élance sur une autre tangente de la réalité. Il est le fruit de cette co-évolution tout comme lui-même modifie à chaque instant la réalité vécue. La conscience est co-émergente à l'Univers lui-même.

 

« Comme l’a montré Eggers, ces animaux (papillons de nuit) ne possèdent que deux bandes tendues dans leur organe auditif en guise de fils de résonance. Grâce à ce dispositif, ils parviennent  à réagir à des vibrations de l’air qui re-présentent pour l’oreille humaine la limite de l’aigu. Ces sons correspondent au cri de la chauve-souris, principal ennemi des papillons. Les papillons ne captent donc que les sons émis par leur ennemie. Pour le reste le monde est muet pour eux. » (Jakob von Uexküll)

 

  L’organisme du sujet constitue en lui-même le sens de son apparition à l’Univers, lui-même est information, tout ce qui est dans l’Univers est signifiance. Lors d’une co-évolution entre un organisme et son environnement, un lien intime les réunit. Cette information  ne doit pas être entendue en un sens réducteur et uniquement mathématique, elle contient ce qui sort de la Matrice. C'est-à-dire toute l'intériorité d'un être vivant. Ce qui signifie que l’information développe en degrés des pensées, des émotions et des passions (des désirs) chez tous les êtres vivants. C’est grâce à la « soupe photonique », autre nom pour désigner la Matrice, et son champ informationnel, que l’Univers arrive à s’organiser. Dans une autre tournure du langage, il existe une Présence qui organise l’Univers par son intention (information) laquelle structure chaque conscience qui l'observe.

 

« Partout les organes destinés à courir, à sauter, à grimper, à voleter, à voler ou à planer sont constitués de façon contrapuntique par rapport aux caractères de chaque milieu. » (Jakob von Uexküll)

 

  La durée de vie d’une espèce, le nombre de la population, le camouflage, la spécialisation, la reproduction sexuelle, etc., tout participe au jeu de la stabilité universelle. Tout est mesuré. Si une espèce est trop résistante, trop prolifique ou pas assez, voilà que la stabilité globale se déséquilibre si le seuil limite est atteint. Aucune propriété de la matière ne reste constante avec elle-même. Lorsque nous parcourons les différents milieux, ce n’est pas seulement la signification d’un objet qui change mais aussi toute la structuration des perceptions qui changent. L'adaptation au sens darwinien est à revoir puisque être au monde revient à dire qu'il y a du sens à ma propre constitution organique, tout comme ma conscience elle-même et sa psyché.

 

« Si nous examinons la couleur jaune d’une fleur sur laquelle se pose une abeille, nous pouvons dire actuellement en toute assurance que, dans le milieu de l’abeille, la fleur n’est pas jaune (elle est sans doute rouge), parce que l’échelle chromatique de l’œil d’abeille correspond à une autre échelle d’ondes que l’échelle chromatique de notre œil. De même, nous savons que la gamme sonore du papillon de nuit, la gamme olfactive de la tique, la gamme gustative d’un ver de terre, la gamme formelle de la plupart des invertébrés sont entièrement différentes des nôtres. Même la gamme des résistances doit être entièrement différente chez l’ichneumon qui transperce comme du beurre le bois du sapin le plus dur. » (Jakob von Uexküll)

 

  Revenons à la perception visuelle, mais cette fois-ci nous l’aborderons par le biais des expériences accomplies sous LSD. Le LSD fut synthétisé par Albert Hofmann, un chimiste, au sein des laboratoires Sandoz à Bâle. Lorsqu’en 1943, il en absorbe par accident, il devient temporairement psychotique. C’est le début des recherches sur la nature de la schizophrénie, et plus largement des psychoses. Il travaillait sur un champignon qui pousse sur les céréales, un parasite appelé l’ergot de seigle. Ce champignon broyé dans la farine, par exemple, peut être très toxique. Ses effets pouvaient être très variés : migraine, saignement post-partum, etc. Albert Hofmann, alors, cherchant à analyser les composants de ce champignon, est tombé sur la structure moléculaire de l’acide lysergique. En s’automédiquant, il ne savait pas encore qu’il prenait une molécule ayant des effets psychotropiques. Il en tira par la suite des conclusions importantes. Il comprit que la Nature formait un tout comme une unité plurielle en interrelation :

 

« Les sciences naturelles ont démontré que l’image de la terre toute colorée, telle qu’on la voit, n’existe pas dehors. Dehors, il n’y a que de la matière sombre et de l’énergie. L’écran est en nous, dans notre conscience. Chaque être humain porte en lui sa propre image du monde, créée par lui-même. » (Albert Hofmann)

 

  Il continue :

 

« Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas, lorsqu’on dit que la couleur n’existe pas, mais qu’elle se forme en nous. Lorsqu’on commence à réfléchir à ce mécanisme, quels merveilleux outils sont nos yeux. Qu’à partir de quelques ondes, nous puissions créer de la couleur, que nous pouvons ensuite ressentir. Ce sont des choses qui nous poussent à… à une religiosité inouïe. » (Albert Hofmann)

 

Sérialité et synchronicité

 

  Pour le biologiste Paul Kammerer, les lois de la sérialité sont aussi fondamentales queles lois de la physique, les « coïncidences » isolées  ou en série n’étant que les parties visibles d’une chose inconnue. C’est une image des manifestations d’un principe universel de la Nature qui opère « indépendamment de la causalité physique », des événements reliés par analogie. Les séries seraient des processus cycliques se propageant comme des ondes sur l’axe du continuum extensif spatio-temporel. C’est à cause de notre regard partiel et isolé que nous ne pouvons pas voir les connexions globales qui lient les événements entre eux.