The Green man, l'Homme vert dans les traditions celtiques

16 Feb 2018

 

Cette figure est gravée dans certains ouvrages de maçonnerie datant de l'époque médiévale un peu partout en Europe. Comme la plupart des iconographies médiévales, cette figure a été emprunté d'un fond païen. L'Homme vert est décrit et représenté comme une "tête feuillue", c'est-à-dire faite de lianes et de feuilles au milieu desquelles on peut distinguer un visage humain, et parfois mi-humain et mi-animal. Dans ce dernier cas, la face de la créature est parfois surmontée de cornes à peine visible qui se fondent dans la végétation. Nous retrouvons cette figure à travers le Derg Corra, l'homme dans l'arbre, de certains mythes celtes qui est une variante de Cernunnos, le Dieu-Cerf. Certaines coutumes celtes font référence à l'Homme vert, notamment durant la nuit du Walpurgis (30 avril - 1er mai). Les jeunes gens allaient au bois couper une branche d'aubépine pour la planter devant la porte de leur promise en signe de fécondité. Le Walpurgis est plus connu sous le nom de Beltaine, une des fêtes majeures de la tradition païenne qui célèbre l'union symbolique de la Déesse Mère et du Dieu-Cerf, le dieu Bel des Celtes, devenu Belenos ou Cernunnos le Cornu. Le Cornu est le dieu de la virilité et des richesses, il est le Seigneur des créatures vivantes, il également le Gardien des portes de l'Autre monde (Annwn).

 

Quelques traces archéologiques de sa présence en Gaule :

 

Valcamonica : Cernunnos apparaît pour la première fois sur une peinture rupestre de Valcamonica attribuée à l’âge du fer. Il est représenté debout, vêtu d’une longue tunique et couronné de bois de cerf. Dans une main il tient un torque et dans l’autre un serpent.

 

Gundestrup : Sur le célèbre chaudron de Gundestrup, Cernunnos trône sur une des plaques intérieures dudit chaudron, assis en tailleur, la tête surmontée de deux immenses bois de cerf: il tient dans la main droite un torque, dans la main gauche un serpent "à tête de bélier" (comme à Valcamonica). Un cerf se tient à ses côtés. Animaux sauvages et poissons l’entourent.

 

Autun : A Autun, deux serpents s’approchent de la coupe que Cernunnos tient dans ses mains.

 

Reims : A Reims, Cernunnos est représenté la tête ornée de bois de cerf, trônant en majesté, les pieds repliés sous lui, entre Apollon et Mercure. Le dieu libère d’un sac un "flux" qui semble fait de grains ou de pièces de monnaie. Un cerf et un taureau à tête de griffon s’y nourrissent ou s’y désaltèrent. Un rat placé au-dessus du groupe, semble attendre, immobile.

 

Pilier des Nautes (Paris) : A Paris, sur le pilier des Nautes des Parisii, Cernunnos est figuré sur le "dé" Castor-Pollux-Smertrios. On voit le buste de Cernunnos, les oreilles pointues, chauve et barbu, les cornes ornées de deux torques (ou de bracelets). Cette représentation est identifiée par l’inscription [C] ERNUNNOS, règne de Tibère (14-37 de l’ère chrétienne).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les bois du cervidé tombent et repoussent cycliquement durant l'année, ses bois repoussent à la saison printanière et c'est la raison pour laquelle les celtes ont associé les bois du cervidé à l'énergie vitale de la Nature. La force vitale véhiculée à travers l'archétype de l'Homme vert a été christianisé en la personne de St Sylvestre. Dans de nombreuses iconographies, de la bouche du Green Man jaillit la végétation ce qui était assimilée chez les celtes à la puissance du Verbe créateur. Son énergie ramène à la vie de la Nature qui était alors comme endormie, c'est un dieu chthonien qui s'éveille en même temps que la Nature renait au printemps. Il faudrait dédier tout un livre à ce personnage fort complexe et très intéressant. Nous pourrions également établir un parallèle, très osé de ma part, entre the Green Man et la Viriditas d'Hildegarde von Bingen, cette mystique chrétienne du Moyen-Age.

 

Viriditas… Ce terme a été inventé par Hildegarde von Bingen. Il désigne la sève de vie qui fait germer tout ce qui est vivant, l’énergie qui fait pousser les plantes et par laquelle l’être humain se développe et guérit. C’est l’énergie vitale divine qui s'assimile à la couleur verte et qui est à la source de toutes vérités. Viriditas provient du latin "viridis" qui signifie "vert", "vigoureux". C’est l’état ou la qualité de ce qui est vert. "Il existe une force qui vient de l’éternité, et elle est verte", écrit Hildegarde, et "l’oeuvre du Père dans le Verbe du Fils, est la force lumineuse et verte de l’Esprit". Comment ne pas penser à la Table d'Emeraude où sont gravées les paroles éternelles d'Hermes Trismegiste ? Lorsque nous lisons les centaines de textes alchimiques, une chose bien cachée apparaît nettement, la couleur de la Lumière primordiale. Elle est verte. Le Spiritus mundi féconde le sel des sages qui devient vert et végétatif. C’est lui qui a donné son nom à la langue verte, laquelle parle en vérité au-delà des idiomes. Par delà toutes formes visibles se tient l'unité secrète du monde phénoménal.

 

 

Sources :

 

Titre : The Green Man: Cathedral carved heads from the twelfth to the sixteenth centuries

Auteur : Richard Hayman

Editions : Shire

 

Titre : SCIVIAS - "Sache les voies" ou Livre des visions

Auteur : Hildegarde de Bingen

Editions : Cerf