Les Enseignements de Silvanos (Texte de Nag Hammadi)


Portait du Fayoum


Mon fils,


Abolis toute puérilité, acquiers la force de l’intellect et (de) l’âme, renforce la guerre contre toute folie : passions érotiques, méchanceté pernicieuse, ambition, goût des querelles, la jalousie pénible, la fureur, la colère et le désir avaricieux ! Veille à votre camp avec des boucliers et des lances ! Arme-toi de tous les soldats, que sont les paroles, et des officiers que sont les conseils, et de ton intellect comme guide intérieur.


Mon fils, chasse tous les brigands loin de tes portes ; garde toutes tes portes avec des torches, que sont les paroles ; et tu acquerras par tout cela une vie tranquille ; mais celui qui ne veillera pas à cela deviendra comme une ville déserte qui a été prise : toutes les bêtes l’ont piétinée ; car ce sont des bêtes féroces, les pensées qui ne sont pas bonnes. Et ta ville sera pleine de brigands ; et tu ne pourras pas obtenir la paix mais rien que des bêtes sauvages. (Le) Malin, qui est tyran, est seigneur sur elles. En gouvernant cela, il est dans le grand Bourbier ; la ville tout entière, c’est-à-dire ton âme, périra.


Éloigne-toi de tout cela, ô malheureuse âme ! Fais entrer en toi ton guide (et) ton maître ; le guide, c’est l’Intellect, et le maître c’est le Verbe. Et ils t’emmèneront loin de la corruption et des dangers.


Écoute, mon fils, mon avis : ne présente pas ton dos [à t]es ennemis en fuyant, mais plutôt, poursuis-les comme (un) [f]ort. Ne deviens pas (un) animal que les hommes poursuivent ; mais deviens, au contraire, (un) homme qui poursuit les bêtes féroces, de crainte qu’elles ne l’emportent sur toi et qu’elles ne te piétinent comme (un) mort, et que tu ne périsses par leur cruauté. Ô malheureux homme, que feras-tu si tu tombes sous leurs pattes ? Veille sur toi-même, de peur d’être livré à tes ennemis ; livre-toi à cette paire d’amis (que sont) le Verbe et l’Intellect ; et personne ne l’emportera sur toi. Que Dieu réside dans ton camp, que son Esprit garde tes portes, que l’Intellect de la piété garde les murs ! Que le Verbe saint devienne la torche de ton intellect brûlant le bois qu’est tout le péché.


Mais si tu fais cela, ô mon fils, tu l’emporteras sur tous tes ennemis et ils ne pourront plus faire la guerre contre toi : ils ne pourront même pas, ni se mettre debout, ni marcher dans ta voie. Car si tu les rencontres, tu les mépriseras comme des moucherons. Ils te parleront en te [fla]ttant, en implorant (grâce) : non qu’ils te [crai]gnent toi, mais par crainte de ceux qui habitent en toi, c’est-à-dire les gardiens de la piété et de l’enseignement.


Mon fils, reçois en toi l’éducation et l’enseignement ! Ne fuis pas l’éducation et l’enseignement, mais si l’on t’enseigne, accepte avec joie, et si l’on t’éduque en quelque chose, fais ce qui est bien : tu tresseras une couronne d’éducation pour ton guide intérieur.


L’instruction sainte, revêts-la comme (une) robe ! Ennoblis-toi par la bonne conduite ! Impose-toi l’austérité de la discipline ! Juge-toi toi-même, comme (un) juge sage ! Ne laisse pas perdre mon enseignement et n’acquiers pas un défaut d’enseignement, de crainte que tu n’égares ton peuple ! Ne fuis pas le divin et l’enseignement qui sont en toi ; car celui qui t’enseigne t’aime beaucoup : il ne t’imposera en effet que ce qu’il faut d’austérité.


La nature animale qui est en toi, rejette-la loin de toi, et le raisonnement pervers, ne le laisse pas entrer en toi. Car c’est (déjà) beau si tu arrives à savoir de la façon que je t’enseigne. S’il est bon de gouverner le vi[sible], comme tu le vois, [combien] vaut-il mieux que tu gouvernes toutes choses, en étant chef de toute assemblée et tout peuple, et que |tu t’|élèves de toute manière par un verbe divin, en ayant dominé toute puissance tueuse d’âme.


Mon fils, est-ce qu’on désire habituellement devenir esclave ? Mais toi, comment (peux-tu) te troubler si cruellement ? Mon fils, ne crains personne, sinon Dieu seul, le Très-Haut ! La fourberie du Diable, rejette-la loin de toi ! Reçois la lumière dans tes yeux, et bannis de toi les ténèbres ! Conduis-toi dans le Christ et tu acquerras un trésor dans le ciel. Ne sois pas farci d’un tas de choses inutiles, et ne te fais pas, en toi, le guide de l’ignorance aveugle.


Mon fils, écoute mon enseignement, qui est bon, qui est utile, et mets fin au sommeil qui pèse sur toi ! Sors de l’oubli qui t’emplit de ténèbres ! Car si tu étais incapable de faire quoi (que) ce soit, je ne te dirais pas cela.


Mais le Christ est venu te faire ce don. Pourquoi poursuis-tu les ténèbres, alors que la lumière est à ta disposition ? Pourquoi bois-tu de l’eau trouble, alors que l’(eau) fraîche est à ta dispo[sition] ?