Le Tarot de Mantegna, suivi d'un commentaire alchimique de François Trojani


Composé de 50 estampes numérotées en chiffres romains et arabes, le Tarot de Mantegna est organisée en 5 séries de 10 figures. Celles-ci sont désignées par les lettres E, D, C, B et A. La numérotation des cartes poursuit les lettres de l'organisation de E à A afin de signifier une ascension, de la plus misérable condition humaine à la sphère ultime, le divin. C'est la raison pour laquelle la première carte "Misero - I" fait partie de la série E et la dernière "Prima Causa - L" de la série A.


Chaque série est un ordonnancement transcendantal, vertical, dans lequel le profane pénètre les arcanes de son être à travers un voyage initiatique en 50 étapes. Il parcourt l'ensemble de la Création divine, et en posant le premier regard sur la première carte "Misero - I", l'arpenteur des mondes qu'est le profane active une mythographie dont les cartes vont dévoiler son cheminement jusqu'au divin.


E (1 à 10): La Hiérarchie de la société et la condition humaine.

D (11 à 20): Les Muses et Apollon.

C (21 à 30): Les arts libéraux et les sciences.

B (31 à 40): Les principes cosmiques et les Sept vertus.


A (41 à 50): Les Sept planètes et les sphères.


L'ensemble du jeu élabore un jeu hermétique dans la droite ligne des grands penseurs de la Renaissance, une alliance entre religion chrétienne et païenne où le symbolisme appelle à un savoir d'initié. L'influx divin tel définit par Platon et nommé "émanation", qui émane du divin vers l'humain, participe à chaque étape du jeu. Cette puissance se superpose à la première, au parcours ascensionnel, qui transmet la puissance divine lors de l'ascension en intensifiant de plus en plus cette "élargissement de la conscience". Un programme est proposé à l'homme. Les 10 séries de chaque étapes se reflètent l'une et l'autre, c'est ainsi que "les Sept planètes et les sphères" forment une consonance avec "la Hiérarchie de la société et la condition humaine", ainsi qu'avec la série D, C, et B. Par conséquent, c'est à une harmonie des mondes que ce Tarot nous invite et nous appelle, une harmonie des Sphères dont le nombre 10 pythagoricien, la Tetraktys, constitue l'axe de conjonction entre tous les plans du réel.


Chaque série se termine par une figure divine. Le Tarot de Mantegna nous offre une gamme de symboles et d'analogies inépuisables, c'est dans cet ensemble de correspondance que l'Alchimie vient se greffer dans l'Art figuratif.


Un extrait des descriptions des estampes selon l'alchimiste François Trojani:


E - Misero - I (le Mendiant):

(...)

L'emblème, qui n'est pas sans nous rappeler le Mat du Tarot est cependant plus proche de l'homme des bois, du Sphinx de Thiers. Il représente, comme lui, un homme de haute stature - mais glabre -, tête nue, quelque peu distant de la réalité et s'appuyant sur un bâton terminé par une tête; ici, la sienne, en l'occurence. Cet emblème est le résultat d'une volonté nette et réfléchie et ce bâton, arbre de la Sapience, est bien un sceptre. En fait, ce Misero est un sage, c'est l'homme de nature que ses connaissances ont porté à mépriser la vaniteuse frivolité des hommes du commun. (...)



E - Fameio - II (le Serviteur):

​(...)

Un jeune homme, en fait un jeune page, reconnaissable à sa coupe de cheveux, élégamment vêtu, porte avec une attention soutenue un vase. Il est en forme de pomme et se compose de deux demi-sphères, la supérieure surmontée d'une sorte de poignée destinée sans doute à soulever le couvercle. En fait, c'est un vaissel, le vase de l'Art, contenant sans aucun doute une chose précieuse. Dans la littérature médiévale, le vase contient le trésor, qu'il soit le calice ou le graal. Il représente symboliquement la maison des trésors "car ce vase - disent les textes - est le véritable pélican philosophique, et il n'en est pas d'autre qu'il faille rechercher dans le monde entier". Le vase est de même le symbole de la materia prima dans son aspect féminin, celui de la Lune, mère de toute chose. (...)




D - Talia - XVI (Thalie):

(...)

Une végétation abondante s'étale à ses pieds; elle écoute avec une extrême attention, l'oreille tendue, les sons émis par son violin. Quatre idées se dégagent de cette composition: son violin, l'archet, les fleurs, les feuilles en forme de petits coeurs. Le violin est un rappel de la Remore, violette dans sa cassure, laquelle violette fleurit au printemps de l'oeuvre. C'est notre rebis, matière première du Magistère. L'archet est le moyen ou principe qui va animer ce rebis ou violette. Quant aux feuilles en forme de coeurs, c'est l'image de notre souffre que fournit la Coction Philosophale. (...)




C - Theologia - XXX (la Théologie):

(...)

Pourquoi attribuer à la Théologie le double visage du dieu Janus ? On sait que Janus fut doté par Saturne d'une rare prudence, qui rendait le passé et l'avenir toujours présents à ses yeux. Le Globe étoilé de la Théologie s'explique par ce que dit Ovide au premier livre des Fastes. "Les Anciens appelaient Janus, le Chaos, et ce n'est qu'au moment de la séparation des éléments qu'il prit la forme d'un Dieu... Lui seul, écrit-il plus loin, gouverne le vaste étendue de l'Univers. Il préside aux Portes du Ciel et les garde de concert avec les Heures. Il est gardien des Portes." Il est ici la représentation des deux clés de l'Oeuvre, la blanche et la rouge dont les fruits par une sainte manducation, vont ouvrir les portes de la sapience théologique, c'est-à-dire des Mystères Divins.




B - Iliaco - XXXI (le Génie de la Lumière):

B - Chronico - XXXII (le Génie du Temps):

B - Cosmico - XXXIII (le Génie du Monde):

(...)

Nous l'analyserons (Iliaco) conjointement aux deux emblèmes qui le suivent : Chronico et Cosmico. Iliaco élève le soleil et la lune, symbole du rebis. La forêt dans le fond de l'emblème paraît éloignée. C'est alchimiquement la Forêt des Sages, le sanctuaire à l'état de nature, le Verger chimique. De même suggère-t-il que le souffre et le mercure ne peuvent permettre l'observation de cette même forêt que de manière lointaine (...). Ici (Cosmico) la forêt se rapproche. Nous sommes à présent à l'orée du bois. Le globe du ciel et de la terre apparaît scindé par une ligne horizontale. Or une telle figure sert dans le code d'écriture alchimique, à désigner le sel, résumant les énergies du ciel et de la terre. Un croissant de lune se distingue dans le ciel nocturne. Chronico élève un ourobouros.






A - Marte - XXXXV (Mars):

(...)

Nous noterons simplement que Mars et Vénus, soit le fer et le cuivre, fondus en de judicieuses proportions, dans un médiateur approprié, le culot montre, après refroidissement, une structure réticulée violette. C'est ce même filet que lui jeta Vulcain, l'époux déshonoré. Les Grecs avaient transcrit en mythes des aspects fort précis de leur savoir minéralogique. C'est le même filet, emblème du pêcheur qui décore l'Améthyste, pierre de couleur violette et que les évêques portent au doigt.


A - Octava Spera - XXXXVIII (La Huitième Sphère):

A - Primo Mobile - XXXXVIIII (Le Premier Mobile):

L'infusion réitérée d'esprit (les ailes croisées en X de l'ange) vont s'élever jusqu'au ciel des philosophes et multiplier sa vertu céleste. Mais l'oeuvrant ne doit pas dépasser le terme symbolique de dix exaltations dans la multiplication des vertus de la Pierre. Au-delà de ce stade l'huile devient si pénétrante qu'elle perce le verre (dont un des symboles est le X) et émane du vase sous une forme radiante (X), rejoint son principe dans les étoiles. Aussi parvenu à ce stade convient-il de lui passer des chaînes d'or qui la retienne et que nous exprime l'emblème suivant, Primo Mobile. L'esprit se corporifie et trouve une résidence stable dans le corps de l'or métal. Octava Spera et Primo Mobile nous expriment l'idée selon laquelle tout l'Univers est le théâtre de l'Apothéose éclatante de la Pierre. C'est la Terre céleste où l'Artiste a semé son or.




Le Tarot de Mantegna enseigne les secrets de l'homme et de la Nature

en une seule vision. Ces arcanes ouvrent l'oeil sans paupière

de la perception visionnaire.

Source :


Titre : Suite d'estampes de la Renaissance italienne dite Tarots de Mantegna ou jeu du gouvernement du monde au Quattrocento vers 1465. Commentaire alchimique de François Trojani (2 volumes).

Auteur : De François Trojani

Editions : Arnaud Seydoux

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