Mythologie Scandinave - La Völuspá

Codex Regius [R] or Konungsbók, The King's Book [K]

Völuspá strophe 1 à 15


La Völuspá, "Prédiction de la voyante" ou "Dit de la voyante" est un chant scandé par une poétesse-devineresse, la völva, dont la teneur évoque les premiers temps du monde et sa fin. La völva explique alors, lors de visions, l'histoire des dieux et des hommes depuis l'origine du monde jusqu'à son effondrement, le Ragnarök, qui verra l'avènement d'une terre nouvelle.


1. Silence je réclame de tous les êtres sacrés, humbles et grands,

Enfants de Heimdall.

Selon ta volonté, Valfadr, je proclamerai

Les antiques traditions des hommes,

Les plus anciennes dont je me souvienne.


2. Je me rappelle les géants de ces temps primordiaux

Qui me donnèrent naissance autrefois :

Je me rappelle les neufs mondes, neuf étendues immenses,

Et le Glorieux Arbre du Monde

Profondément planté en terre.


3. Au commencement des siècles, quand Ymir s'établit,

Il n'y avait rien, ni sable, ni mer, ni froides ondes ;

De terre point n'y avait, ni de ciel au-dessus,

Seul le vide béant et d'herbe nulle part.


4. Et puis les fils de Burr haussèrent la terre ferme,

Eux qui créèrent la Glorieuse Midgard,

Sol brilla du sud sur les dalles de la salle,

Alors la terre fit croître le vert poireau.


5. Sol du sud, compagne de Mâni,

Etendit son bras droit vers le rebord du ciel ;

Sol ne savait où se trouvait sa demeure,

Mani ignorait quelle puissance il avait,

Les étoiles ne connaissaient pas leur place.


6. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement,

Les divinités suprêmes se consultèrent ;

A la nuit et à la nouvelle lune, ils donnèrent un nom,

Ils nommèrent le matin, le midi, la fraîche et la brune,

Et comptèrent le temps par années.

7. Les Ases s'assemblèrent dans la plaine d'Idi

Erigèrent tertres et temples, y placèrent une forge,

Forgèrent des bijoux, façonnèrent des tenailles,

Fabriquèrent des outils.

8. Joyeux, ils jouèrent aux tables dans l'enceinte,

Rien ne manquait en fait d'or ;

Jusqu'au jour où vinrent trois jeunes filles géantes

Toutes puissantes, de Jötunheim.


9. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement,

Les divinités suprêmes se consultèrent

Pour savoir qui donnerait forme au peuple des nains,

Issu du sang de Brimir et des os de Blain.

10. Etaient présents Modsognir, devenu le plus grand de tous les nains,

Et Durinn, le second ; ils façonnèrent un grand nombre

D'êtres à forme humaine, les nains dans la terre,

Comme Durinn le prescrivit.

11. Nýi et Nidi, Nordri et Sudri,

Austri et Vestri, Althjóf, Dvalinn,

Nár et Náinn, Níping, Dáinn,

Bívurr, Bávurr, Bömburr, Nóri,

Ánn et Ónarr, Ái, Mjódvitnir.

12. Vigg et Gandalf, Vindalf, Thraínn,

Thekk et Thórinn, Thrór, Vitr, Litr,

Nýr et Nýrá ; voici les nains

Reginn et Rádsvinn- Justement dénombrés.


13. Fíli, Kíli, Fundinn, Nali

Heptifíli, Hannar, Svíurr,

Frár, Hornbori ; Fraegr et Lóni,

Aurvangr, Jari, Eikinskjaldi.


14. Il est temps d'énumérer aux humains

La lignée des nains de Dvalinn

Qui de Lofar descend

Eux qui allèrent à Jöruvellir et à Aurvangar

Depuis leurs gîtes sous la pierre.


15. S'y trouvaient Draupnir et Dolgthrasir,

Hár, Haugspori, Hlévang, Glóinn,

Dóri, Óri, Dúf, Andvari,

Heptifili, Har, Sviar.

Skirfir, Virfir, Skáfid, Ái,


16. Alf et Yngvi, Eikinskjaldi,

Fjalar, Frosti, Finn et Ginnar

Toujours remonteront, tant que les hommes s'en souviendront,

Les générations jusqu'à Lofar.


17. Alors trois Ases sortirent de la troupe,

Puissants et bienveillants : revenant à la demeure des dieux.

Ils trouvèrent sur la terre, sans force, sans destinée

Ask et Embla.


18. Ils n'avaient ni souffle, ni sens, ni sang, ni voix,

Ni couleurs de la vie.

Odin leur donna l'esprit, Hœnir leur donna le sens,

Lódur donna le sang et les couleurs de la vie.


19. Je sais que se dresse le frêne qu'on nomme Yggdrasil,

L'arbre élevé, aspergé de blanche boue :

De là vient la rosée tombant dans les vallées,

Toujours vert, il s'élève au dessus du Puits d'Urdr.


20. Là résident les vierges, savantes en maintes choses,

Trois, issues du lac situé sous l'arbre.

L'une s'appelle Urdr, l'autre, Verdandi,

Elles gravaient le bois, et Skuld la troisième.

Elles édictèrent les lois, elles fixèrent la vie

Des fils des hommes et la destinée des mortels.


21. Elle se rappelle la première guerre du monde

Lorsqu'ils percèrent Gullveig de lances

Et la brûlèrent dans la halle de Har

Trois fois la brûlèrent, trois fois elle naquit à nouveau,

Brûlée encore, elle vit toujours.


22. On l'appelait Heidur, quelque maison qu'elle visitât,

La Völva, habile prophétesse, maniant aisément la baguette ;

Elle pratiquait la magie autant qu'elle pouvait,

Ensorcelait les esprits charmés,

Par les mauvaises femmes toujours bien accueillie.

23. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement,

Les divinités suprêmes se consultèrent :

Les Ases paieraient-il le tribut,

Ou tous les dieux recevraient-il offrande ?


24. Odin jeta sa lance sur le peuple,

Et ce fut la première bataille du monde ;

L'enceinte de la forteresse des Ases fut rompue,

Les Vanes restèrent vainqueurs du champ de bataille.


25. Alors les dieux siégèrent dans la salle du jugement,

Les divinités suprêmes se consultèrent :

Qui avait empli l'air de venin

Et promis aux géants l'épouse d'Odr ?

26. Seul Thor combattit, gonflé de colère

-Il reste rarement assis quand il apprend de telles choses-

Rompues furent les promesses, brisés les vœux et les serments,

Les solennels accords conclus entre eux.

27. Elle sait aussi que le cor de Heimdall

Est caché sous l'arbre sacré, familier du ciel clair ;

Il est éclaboussé par la cascade boueuse du gage de Valfadr.

En savez-vous d'avantage ? Ou quoi ?


28. Elle était assise dehors, solitaire, quand arriva l'Ancien,

L'Ase très farouche, et le regarda dans les yeux :

''Que me demandes-tu ? Pourquoi me mettre à l'épreuve ?

Je sais fort bien, Odin, où tu as caché ton œil,

Dans le puits de Mimir. Mimir boit l'hydromel,

Chaque matin, dans le gage de Valfadr.''

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?


29. Mais le Père des guerriers lui donna anneaux et colliers,

Lui fit don de sagesse, clairvoyance et art de la magie ;

Elle voit toujours plus loin dans l'étendue des mondes.

30. Elle vit les Valkyries arriver de loin,

Prêtes à chevaucher jusqu'à la maison des dieux,

Skuld portait le bouclier, Skögull en tenait un autre,

Suivaient Gunn, Hild, Göndul et Geirskögul;

Voici énumérées les servantes du Seigneur-des-Armées,

Prêtes à chevaucher par la plaine, les Valkyries.


31. Je pus prévoir de Balder, le dieu ensanglanté,

Le fils d'Odin, la destinée secrète ;

Poussait, bien au-dessus de la plaine,

Mince et très beau, le rameau de gui.


32. Fut tiré de cet arbuste d'apparence si grêle

L'amer et funeste trait que lança Hödr ;

Né trop tôt, le frèrea de Balder n'avait qu'une nuit

Lorsque fut tué le fils d'Odin.

33. Il ne se lava plus les mains, ni ne peigna sa chevelure,

Tant qu'au bûcher ne fut déposé le meurtrier de Balder ;

Mais Frigg pleura dans Fensalir le malheur de la Valhöll.

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?


34. Alors Vali sut comment tresser les chaînes de la bataille,

Les forts et rêches liens faits d'entrailles.


35. Elle vit, enchaîné dans Hveralund,

Une forme aux traits fourbes semblable à Loki ;

Là Sigyn est assise auprès de son époux,

Bien que de son destin elle ne soit pas réjouie.

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?


36. Depuis l'est, un fleuve déverse à travers les vallons venimeux

Epées et Saxes : son nom est Slidr.


37. Vers le Nord, à Nidavellir, se dressait la halle d'or

Des enfants de Sindri ; une autre se tenait à Okolnir,

La halle à bière du lote dont le nom est Brimir.

38. Elle en vit se dresser une autre loin du soleil, à Naströnd,

Les portes tournées vers le nord ;

Le poison s'écoule par ses lucarnes,

Cette halle est charpentée d'échines de serpents.


39. Elle y vit patauger dans d'épais courants

Les hommes parjures, les loups meurtriers,

Le suborneur de la femme d'autrui.

Là Nidhogg suçait les cadavres des défunts,

Que le loup dépeçait.

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?


40. La vieille était assise à l'orient, dans la Forêt de Fer,

Et y nourrissait l'engeance de Fenrir ;

Parmi eux, il y a celui qui détruira le soleil

Sous la forme d'un monstre.

41. Il se goinfre des chairs des hommes promis à la mort,

Empourpre la demeure des dieux de sang rouge ;

Noir deviendra l'éclat du soleil les étés suivants,

Epouvantables toutes les tempêtes.

En savez-vous davantage ? Ou quoi ?


42. Assis là sur une hauteur, jouant de la harpe,

Se tenait le joyeux Eggther, gardien des sorcières ;

Non loin de lui, dans la forêt aux oiseaux,

Chantait un beau coq vermeil du nom de Fjalar.


43. Chez les Ases chante Gullinkambi.

Il éveille les hommes du Père des Guerriers ;

Mais un autre chante loin sous terre,

Un coq rouge de suie, dans les halles de Hel.

44. Garm aboie rageusement devant Gnipahellir,

Sa chaîne va se rompre, le Vorace bondira.

Je connais de nombreux charmes

Au loin dans l'avenir je vois l'amer destin

Des dieux de la victoire.


45. Les frères se combattront et s'entretueront,

Les parents souilleront leur propre descendance ;

Une rude époque d'adultère universel,

Temps des haches, temps des épées, des boucliers fendus,

Temps des tempêtes, temps des loups,

Avant que ne s'effondre le monde,

Nul n'aura pitié de son prochain.


46. Les fils de Mimir s'agitent, mais le destin s'embrase

Dans l'explosion sonore de Gjallarhorn.

Heimdall souffle fort, cor dressé ;

Odin interroge la tête de Mimir.


47. Yggdrasil frissonne, le frêne vertical,

Le vieux tronc gémit, le lote se libère ;

Tous tremblent sur la route de Hel

Avant que le parent de Surt ne consume l'arbre.


48. Qu'en est-il des Ases ? Qu'en est-il des Alfes ?

Tout Jötunheim résonne, les Ases tiennent conseil ;

Les nains grommellent devant leurs portes de pierre,

Les maîtres des falaises.

En savez-vous davantage, ou quoi ?


49. Garm aboie rageusement devant Gnipahellir,

Sa chaîne va se rompre, le Vorace bondira.

Je connais de nombreux charmes

Au loin dans l'avenir je vois l'amer destin

Des dieux de la victoire.


50. Hrym vient de l'orient, tenant haut son bouclier,

Jormungand se tord, pris de la fureur des géants ;

Le Serpent hérisse les vagues, l'aigle glatit,

Nidfölr déchiquète les cadavres, Naglfari est libéré.


51. Le bateau vient de l'orient, amenant de la mer

La progéniture de Muspell, Loki à la barre.

Les enfants des monstres, alliés du Loup, voyagent,

A leur tête s'avance le frère de Byleist.


52. Surtur vient du sud avec la mort des branches,

Le soleil luit de l'épée de Hel ;

Les falaises s'écroulent, les monstres s'agitent,

Les hommes foulent le chemin de Hel

Et le ciel se lézarde.


53. Un nouveau malheur fond sur Hlin

Quand Odin s'avance contre le Loup,

Tandis que le brillant vainqueur de Beli fait face à Surtur.

Alors périt le bien-aimé de Frigg.

54. Garm aboie rageusement devant Gnipahellir,

Sa chaîne va se rompre, le Vorace bondira.

Je connais de nombreux charmes

Au loin dans l'avenir je vois l'amer destin

Des dieux de la victoire.


55. A présent arrive le vaillant fils de Sigfödr,

Vidar, pour tuer le charognard ;

Il laisse dans la gueule du rejeton de Hverdrung

L'acier plongé jusqu'au cœur.

Ainsi, le père est vengé.


55b. Gueule ouverte dans l'air, la ceinture du monde,

Le ver des hauteurs ouvre ses effrayantes mâchoires.

Le fils d'Óðinn rencontrera le poison,

Il tuera le monstre.


56. A présent arrive le glorieux fils de Hlodyn,

Le fils d'Odin va combattre le serpent,

En colère, le Gardien de Midgard l'occit ;

Tous les hommes désertent leurs demeures ;

Sans craindre la honte, le fils de Fjorgyn, agonisant,

Recule de neuf pas devant la vipère.


57. Le soleil s'assombrit, la terre s'affaisse dans l'océan,

Les brillantes étoiles vacillent dans le ciel ;

Les fumées tourbillonnent, les flammes ronflent,

L'immense incendie joue jusqu'au ciel.


58. Garm aboie rageusement devant Gnipahellir,

Sa chaîne va se rompre, le Vorace bondira.

Je connais de nombreux charmes

Au loin dans l'avenir je vois l'amer destin

Des dieux de la victoire.


59. Elle voit une seconde fois une terre

Pour toujours verte émerger de l'onde ;

Y courent des cascades, et au-dessus plane l'aigle

Qui depuis les falaises pourchasse les poissons.

60. Les Ases se rassemblent sur les plaines d'Idi,

Parlent du puissant serpent,

Se rappellent les grands événements

Et les antiques runes de Fimbultyr.

61. Là, ils vont retrouver dans l'herbe verte

Les merveilleuses tables d'or

Qu'autrefois possédaient les peuples.


62. Les champs non ensemencés porteront récoltes,

Tous maux disparaîtront, Balder reviendra,

Lui et Hodr résideront dans la halle de la victoire de Hroptr,

Seigneur du séjour des morts.

En savez-vous davantage ? - ou quoi ?


63. Hœnir sait comment choisir la baguette du destin,

Et les fils des deux frères bâtissent leur demeure

Dans le vaste séjour des vents.

En savez-vous davantage ? - ou quoi ?


64. Elle voit se dresser une halle plus brillante que le soleil

Couverte d'or, à Gimlé :

Ici, à jamais, habiteront dans la joie les peuples fidèles,

Et pour l'éternité jouiront du bonheur.

65. Alors en chevauchant arrive d'en haut

Pour le dernier jugement,

Le puissant, le magnifique

Celui qui tout gouverne.

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